De Gaulle et la décantation de l’histoire

De Gaulle et la décantation de l’histoire

(Au moment où on a laissé glisser le corps de Charles de Gaulle dans la terre de Colombey, la décantation de l’histoire a commencée.) J-F Dupeyron.

Le général De Gaulle qui avait admirablement réussi sa sortie de la vie politique, n’a pas moins bien réussi sa sortie de la vie.

Dans les deux cas, il aura étonné tout le monde : la première fois, en observant avec une dignité exemplaire, une retraite effective et totale. La seconde fois, en imprimant à ses dernières volontés un caractère de simplicité qui a déjoué toutes les prévisions de ceux qui confondent l’orgueil et la vanité. « Seul le silence est grand, tout le reste est faiblesse. »

C’est à ces vers d’airain d’Alfred de Vigny, dans « La mort du loup » que fait paradoxalement penser l’attitude de cet homme dont la gloire fut dans le verbe.

Qui peut douter que son échec au référendum du 27 avril 1969 n’ait causé à De Gaulle un immense chagrin ?

Mais qui ne voit que le fait de manifester, d’une manière ou d’une autre, ce chagrin, de laisser échapper la moindre plainte, le moindre gémissement, la moindre amertume aurait eu pour résultat le plus clair de transformer cet échec électoral en une défaite morale ?

Comme il était pesant ce silence, pour ceux qui redoutaient sans cesse qu’il fût rompu ! Mais pour celui qui l’observait volontairement, quelle volupté intellectuelle de faire trembler sans prononcer un mot !

De la solitude dans l’action, De Gaulle était passé à la solitude dans la méditation. La première a besoin de s’exprimer par la parole. La seconde se satisfait fort bien d’un silence hautain accordé à l’austérité du paysage qui vous entoure.

Ce silence qu’il avait choisi pour sa retraite politique, De Gaulle a voulu qu’il l’accompagnât dans la mort.

Ce choix datait de 1952, époque de la grande déception du R.P.F. Onze années de pouvoir absolu ne l’ont modifié en rien. L’enterrement « sans tambour ni trompette » était bon pour l’ancien Président de la République, comme pour le premier résistant de France.

Ces dernière volontés, conçues et rédigées aux jours sombres de la traversée du désert De Gaulle remonté au sommet n’aurait donc jamais éprouvé le besoin de les changer ? Il y a il faut bien le reconnaitre, un certain mystère.

A moins qu’il ne faille tout simplement admettre qu’après comme avant d’avoir occupé la plus haute fonction de la République, le général regardait avec la même condescendance le personnel politique de cette République, même si ce personnel était composé des siens.

Peut-être même n’a-t-il pas voulu, plus encore après qu’avant qu’un de ces personnages sans légitimé profonde se permit de conduire son deuil. De Gaulle disait le général lui-même, n’a pas eu de prédécesseur et il n’aura pas de successeur. (C’était vrai pour Coty. C’est vrai pour Pompidou.)

Mais quel orgueil de géant sous cette humilité chrétienne ! Il est de ceux qui peuvent récuser l’hommage des officiels et l’apparat de la démocratie, mais il est aussi de ceux qui ont droit qu’à leur cercueil la foule vienne et prie.

Les hommes et les femmes de France et d’autres pays du monde pourront s’ils le désirent, faire à ma mémoire l’honneur d’accompagner mon corps jusqu’à sa dernière demeure. Mais c’est dans le silence que je souhaite qu’il soit conduit.

Ce silence De Gaulle l’a-t-il obtenu ? Il n’y eut certes, ni fanfares ni sonneries, ni discours. La lettre des consignes testamentaires a été respectée. Mais l’esprit ? Jamais silence, si silence il y eut, n’aura fait autant de bruit.

A la vérité un homme illustre, écrasé par sa légende, ne peut plus choisir sa mort. Clémenceau avait réussi à se dérober aux honneurs et à se faire inhumer, presque clandestinement, dans son jardin, face à la mer. Mais du temps du tigre, il n’y avait pas pour le peuple, de télévision et pour les pouvoirs publics, la continuité ne posait pas de problème.

Finalement le général De gaulle a eu l’hommage dépouillé d’un village « au cœur du monde ». Mais Georges Pompidou a eu lui, sa cérémonie à Notre Dame.

Au-delà de ces deux cérémonies et d’une troisième, un peu moins pure semble-t-il, il n’y eu qu’un seul hommage : c’est celui qui allait de toute évidence, à l’homme du 18 juin.

Le triomphe posthume de, De gaulle, c’est d’avoir réuni dans une même émotion, à Colombey, le communiste ROL-Tanguy, le socialiste Alain Savary, Massu, Couve de Murville, André Malraux. A Notre Dame : Nixon et Podgornyï, le Sud et le Nord Viêt-Nam, Israël et la Jordanie. Cet hommage allait tout entier au résistant, à l’homme qui avait dit non à la défaite, à celui qui avait proclamé sa certitude de voir la liberté vaincre la tyrannie.

Si le général De Gaulle n’était pas revenu au pouvoir en 1958, il y aurait eu certes, infiniment moins de monde à Colombey et surtout à Paris. Sa notoriété a entretenu sa gloire. Pour autant, c’est beaucoup moins vers l’homme politique que vers le héros légendaire de la libération que montait, cette ferveur planétaire. Rien ne serait plus abusif que de voir dans cet élan une sorte de plébiscite posthume en faveur d’une politique.

Ben Gourion était-il à Notre Dame pour ratifier la politique Gaulliste au Moyen-Orient pour remercier l’ancien président de la République de ces humiliants vétos, Nixon avait-il oublié l’antiaméricanisme forcené de ces dernières années ? Non ! Mais tous étaient là, ou à peu prés tous, y compris les dirigeants de l’Allemagne fédérale, parce qu’ils avaient été dans le même camp que De Gaulle, celui de la liberté et de l’honneur, au cours de la seconde Guerre mondiale.

Rien ne serait plus fax que de donner à ces journées de recueillement, de piété patriotique, de reconnaissance mondiale, de solidarité humaine, une signification politique. C’est du général De Gaulle, et non du gaullisme, que se sont emparées la ferveur populaire et l’estime du monde.

La rétrospective de la vie du général que nous a donnée la télévision a fortement mis en lumière, sans le vouloir, la dualité de ce personnage hors série

Autant la partie consacrée à la résistance à la guerre à la libération était exaltante, autant le panégyrique sommaire et outrancier de la Ve République a paru déplacé, pour ne pas dire indécent. D’un coté, un homme jeune, dynamique, portant sur ses épaules le destin de la France. De l’autre, un homme vieillissant assumant avec un autoritarisme hargneux et vindicatif la charge du pouvoir. On doit fort heureusement à l’ingéniosité de Jacques Sallebert d’avoir fait s’achever l’émission sur le discours inédit prononcé le 11 novembre 1942 à l’Albert Hall de Londres.

Une fulgurante page d’orthologie. Le plus beau discours de Charles De Gaulle !

La mémoire du général se serait par contre bien passé des redondances de M, Maurice Druon, de l’Académie Française, commentateur de la cérémonie populaire à l’Etoile, Kermesse funèbre dont les arrière-pensées politiques n’étaient que trop évidentes chez les organisateurs.

Oublions certaines images et certains commentaires pour ne retenir que la simplicité grandiose de l’engin blindé de reconnaissance faisant franchir à la dépouille mortelle du général les grilles de La Boisserie. Retenons aussi cette messe d’une extrême simplicité et cet humble cercueil sur les épaules d’une douzaine de jeunes Français.

Mais il faut faire selon moi, une place à part à cette cohue des Grands de ce monde, à cette foule grouillante et débonnaire d’illustres personnages s’entretenant familièrement comme des villageois après la messe dominicale.

Ici est là étaient la vraie grandeur, l’hommage profond de la présence, hommage dont aucun régime, aucun parti, n’a le droit d’exploiter, à son seul profit, le retentissement.

L’opposition au gaullisme a eu, durant ces journées de deuil, une attitude exemplaire. Puisse le gaullisme lui, en tenir compte pour humaniser les rivalités politiques !

Dans la mesure où il s’est identifié à elle aux heures de la tragédie et de la folle espérance, Charles De Gaulle appartient à la France. Mais ni De Gaulle, ni le parti qui se réclamait de lui, ne détenaient toute la vérité politique, au moment où on a laissé glisser le corps de Charles De Gaulle dans la terre de Collombey, la décantation de l’histoire a commencée.

Les armes de la Famille De Gaulle

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Les armoiries de la Famille De Gaulle à Châlons sont connues par le traité de la science du blason, de paillot et Geliot, ouvrage paru au XVIIe siècle, ou elles sont décrites comme suit :

Tiercé en fasce, d’argent, de gueules et d’azur, l’argent chargé de trois noix de Galles de gueules tigées et feuillées de sinople, l’azur chargé de trois trèfles d’or.

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