Traite des êtres humains et esclavage

Traite des êtres humains et esclavage

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Pour être efficace il convient de s’attaquer aux sources du mal et aux acteurs.

Selon un rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme, la France ne lutte pas suffisamment contre la traite des êtres humains. L’institution rappelle que le fléau ne se limite pas à la prostitution mais à toute forme d’exploitation.

Adultes ou enfants contraints de se prostituer, esclaves domestiques, migrants exploités dans des ateliers clandestins, mineurs contraints à la mendicité ou à la délinquance pour le compte d’autrui… La traite des êtres humains recouvre des réalités très diverses et la France ne lutte pas suffisamment contre ce fléau, alerte la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) dans un rapport publié ce jeudi.

Selon l’institution, le sujet est encore mal connu parmi les Français, qui ont tendance à croire qu’il se limite à la prostitution. « Si l’exploitation sexuelle est une forme importante d’exploitation, elle ne recouvre pas l’ensemble des phénomènes », insiste la CNCDH, composée de 64 représentants syndicaux, associatifs ou personnalités qualifiées.

« Loin des idées reçues, l’esclavage moderne existe dans notre pays, de même que le travail forcé de personnes vulnérables, et que nombre d’enfants et d’adolescents sont contraints à mendier ou à voler ». Or, « la France n’est toujours pas dotée d’une politique publique à part entière de lutte contre la traite et l’exploitation des êtres humains », dénonce l’institution.

Un plan d’action national a certes été lancé en 2014, qui a confié à la CNCDH le mandat de rapporteur national indépendant. Mais « bon nombre de mesures n’ont à ce jour pas été mises en place », estime cette dernière.

Pour la CNCDH, pour faire évoluer la situation, les pouvoirs publics doivent mener et financer des actions coordonnées, en poursuivant les auteurs de la traite et démantelant les réseaux, et en protégeant et prenant en charge les victimes, en particulier les mineurs qui « doivent toujours être considérés comme victimes, et non comme ‘délinquants’ ou ‘migrants irréguliers' ».

Histoire de religion. Les différents courants religieux liés au Coran

Histoire de religion. Les différents courants religieux liés au Coran

Il existe différents courants religieux chez les Hébreux et les Chrétiens, et dans le monde musulman, c’est la même chose (chaque courant revendiquant détenir à lui seul la vérité)

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L’islam orthodoxe, le salafisme de prédication, le salafisme djihadiste, le soufisme, le soufisme orthodoxe, les sunnites, les chiites, les ibadistes, etc. …

« Les salafistes s’émancipent de la tradition fondée par les écoles juridiques, et inventent un nouvel islam. »

Les critiques à l’encontre du monde chrétien et du monde juif ainsi que sur la Bible elle-même sont légion dans le monde musulman (selon eux l’islam est la seule religion de Dieu ???)

Histoire du salafisme

Le salafisme (en arabe : السلفية) est un mouvement sunnite revendiquant un retour à l’islam des origines, qui serait donc fondé essentiellement sur le Coran et la Sunna. Aujourd’hui, le terme désigne un mouvement composite[1] fondamentaliste, constitué en particulier de mouvances quiétiste, politique et djihadiste. Toutes ces mouvances affirment constituer la continuation sans changement de l’islam des premiers siècles.

Étymologiquement, « salafisme » (en arabe : السلفية as-salafiyya) provient du mot salaf, « prédécesseur » ou « ancêtre », qui désigne les compagnons du prophète de l’islam Mahomet et les deux générations qui leur succèdent.

La volonté de retrouver l’islam des salaf dans sa pureté n’est pas récente. Par le mot « salaf », les théologiens musulmans désignent Mahomet et ses compagnons (en particulier les quatre premiers califes), ainsi que les deux générations qui les suivirent, la tabi’un et les tabi‘ at-tabi‘in[]. L’expansion de l’islam est généralement attribuée à la pureté de la foi des salafs. « Dès lors, à chaque fois que les sociétés musulmanes se retrouveront face à une crise économique, politique ou sociale, certains théologiens préconiseront un retour à l’islam des Salafs[1] ». Plusieurs théologiens sont à l’origine du mouvement :

Ahmad Ibn Hanbal (mort en 855) livre la première interprétation littéraliste de l’islam[], appuyée sur un appel aux ancêtres et une condamnation des innovations théologiques.

XIVe siècle, Ibn Taymiyya (mort en 1328) appelle également à un retour à la foi des origines, alors qu’au même moment, le Moyen-Orient subit les invasions mongoles. Ibn Taymiyya et ses élèves (Ibn Al-Qayyim et Ibn Kathîr) sont ainsi une des principales références revendiquées des mouvements salafistes contemporains.

Les mouvements salafistes contemporains trouvent toutefois leur origine immédiate dans la prédication de Mohammed ben Abdelwahhab, au XVIIIe siècle. Pour lui, le déclin des pays musulmans face à l’Occident résulte de l’oubli du message originel de l’islam par des populations musulmanes qui sont, selon lui, dirigées par des aristocraties raffinées et laxistes, et avilies par la sédentarité et les superstitions[4]. Il prêche ainsi une lecture littéraliste et puritaine de l’islam, s’inscrivant dans la tradition hanbaliste et s’inspirant de Ibn Taymiyya. Dans sa prédication, il s’allie avec Mohammed ben Saoud, fondateur de la dynastie qui dirige encore aujourd’hui l’Arabie saoudite. Les partisans de Mohammed ben Abdelwahhab seront plus tard appelés wahhabites par Soulayman ben Abdelwahhab[], le propre frère du fondateur de cette doctrine mais les partisans du prédicateur préfèrent se faire appeler Ahl at-Tawhid (Les gens de l’unicité).

Ainsi, depuis cette époque jusqu’à aujourd’hui, le wahhabisme est la doctrine religieuse officielle de l’Arabie saoudite[]. « Dès lors, le salafisme devient une idéologie politico-religieuse dont la pensée sera largement diffusée successivement par les principaux prédicateurs de l’État saoudien moderne, en tête les oulémas Mohammed ibn Ibrâhim Âli ach-Chaykh, Abdel Aziz ben Baz et Mohammad ibn al-‘Uthaymin[]. » L’Arabie saoudite joue ainsi un rôle essentiel dans le salafisme contemporain, à la fois d’un point de vue théologique mais aussi matériel.

Les divers courants salafistes se perçoivent comme un mouvement de renaissance de l’islam, par un retour à la foi des origines, celle des « pieux prédécesseurs ». Ils rejettent tout ce qu’ils perçoivent comme des interprétations humaines postérieures à la révélation de Mahomet. Il s’agit donc d’un mouvement réformiste puisque il condamne à la fois les pratiques de l’islam populaire, accusées d’être des « superstitions », mais également une grande partie de la réflexion théologique musulmane, considérée comme porteuse d’« innovations », c’est-à-dire de créations de la raison humaine s’éloignant du message divin. Les salafistes refusent également toute influence occidentale, en particulier la démocratie et la laïcité, qu’ils accusent de corrompre la foi musulmane.

Comme le souligne Bernard Rougier, « les salafistes s’émancipent de la tradition fondée par les écoles juridiques, et inventent un nouvel islam[]. » Ils construisent, en effet, une nouvelle lecture de l’islam, littéraliste. Cette lecture n’affirme se fonder que sur le Coran, et la Sunna, c’est-à-dire l’ensemble des hadiths, les faits et paroles prêtés à Mahomet et à ses compagnons. Les salafistes prétendent ainsi imiter Mahomet en tout, y compris dans leur façon de s’habiller ou de manger.

À côté de cette dénonciation de tout ce qu’ils considèrent comme des « innovations » par rapport au Coran et à la Sunna, les divers courants salafistes insistent sur le principe de l’unicité divine, tawhid. Dieu est l’unique et seul créateur (Tawhid rububiya, unicité dans la seigneurie). Tout acte d’adoration ne doit aller qu’à lui (Tawhid uluhiya, unicité dans son adoration). Tous les noms et attributs divins qui apparaissent dans le Coran et la Sunna sont acceptés, mais ne sont pas traités de façon métaphorique ou anthropomorphique (Tawhid asma was sifat, unicité dans ses noms et attributs).

Le salafisme contemporain est un mouvement composite, constitué de plusieurs mouvances. En particulier, on peut distinguer un courant « quiétiste », quantitativement le plus important, centré sur la prédication et un courant « révolutionnaire » qui prône le djihad armé. Chacun de ces courants prétend incarner le vrai salafisme et critique les autres courants de manière virulente.

Le salafisme de prédication

Cette tendance salafiste, développée en particulier par des imams proches du régime saoudien, refuse la voie djihadiste qui cherche à imposer un régime musulman par l’action violente et révolutionnaire. Cette voie lui semble vouée à l’échec. Une des grandes figures de cette tendance, des années 1960 jusqu’à sa mort en 1999, le cheikh Muhammed Nacer ad-din al-Albani, déclarait ainsi qu’« Il fait partie de la [bonne] politique, aujourd’hui, de délaisser la politique ». Par là, il entend que l’action politique la plus efficace passe davantage à travers la prédication d’une foi régénérée, de la réislamisation des sociétés musulmanes, plutôt que d’une action politique de prise de contrôle du pouvoir.

Pour al-Albani, il est donc nécessaire de poursuivre une stratégie du « at tasfiyatu wa tarbiyah » (la purification et l’éducation) : d’une part, régénérer la foi en la purifiant des « innovations » théologiques l’éloignant de la foi authentique, celle des origines, telle qu’il la définissait ; d’autre part, éduquer les musulmans à cette foi régénérée, de manière à ce qu’ils abandonnent toutes leurs pratiques religieuses antérieures, jugées corrompues. C’est de la diffusion générale dans la société de cette piété que doit naître le changement politique.

Cette tendance salafiste poursuit donc une stratégie de « ré-islamisation » des sociétés musulmanes à travers une prédication non violente et non directement politique. Elle entend transformer ces sociétés à travers la diffusion d’une foi littéraliste qui doit les régénérer et leur donner ainsi la prééminence dans le monde.

Ce courant salafiste critique : les salafistes djihadistes sur les « attentats suicides » et les considèrent contraires à l’islam[], ainsi que des attaques contre des civils[].

Les Frères musulmans, qui sont accusés de ne pas suivre une pratique authentique de l’Islam en transformant leurs pratiques religieuses, d’oublier le principe du tawhid, et de chercher à obtenir le pouvoir plutôt que de sauver les âmes des musulmans.

Ce courant est largement majoritaire dans le salafisme français[]. Selon Samir Amghar, auteur de Salfisme d’aujourd’hui l’essor de la mouvance serait dû à l’effacement des Frères musulmans représentés au sein de l’Union des organisations islamiques de France[

Le salafisme djihadiste

Cette mouvance du salafisme se refuse à limiter l’action religieuse à la prédication et fait du djihad armé le cœur de son activité[]. Les salafistes de cette tendance sont ainsi favorables au combat, afin de libérer les pays musulmans de toute occupation étrangère mais également de renverser les régimes des pays musulmans qu’ils jugent impies pour instaurer un État authentiquement islamique.

Cette tendance salafiste est née, dans les années 1980, en Afghanistan, à l’occasion de la guerre contre l’occupation soviétique. Durant cette guerre, des salafistes venus d’Arabie saoudite ont rencontré des Frères musulmans. Cela les a conduits à intégrer au discours politique des Frères musulmans la prédication littéraliste traditionnelle des salafistes, centrée sur la piété et la moralité[]. Pour ces salafistes (takfiris), les salafistes traditionalistes, favorables à la seule prédication, en particulier les Cheikhs proches des autorités saoudiennes, comme Ibn Baz et Ibn ‘Uthaymin, sont alors apparus comme des hypocrites, à la solde des États-Unis. D’autre part, ces salafistes critiquent plus encore les Frères musulmans qui sont condamnés en raison de leur foi jugée insuffisamment littéraliste et, pour les plus modérés des Frères, pour leur engagement dans le jeu politique d’États jugés impies et devant être éliminés par la force[].

Cette tendance poursuit donc une stratégie révolutionnaire violente qui vise à renverser les États des pays musulmans pour instaurer un État islamique par la force. Cela les conduit également à entreprendre des actions violentes à l’encontre des pays occidentaux perçus comme les soutiens de ces États, en particulier les États-Unis.

Selon des sources policières, la France compterait 90 lieux de culte d’obédience salafiste sur 2 500 recensés en 2015, soit deux fois plus qu’en 2010 : cette progression a lieu essentiellement dans les grands centres urbains (région parisienne, Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur). Pour les spécialistes de l’islam, cette progression s’explique par la perte d’influence de l’Union des organisations islamiques de France, branche française des Frères musulmans. Si les salafistes français sont dans leur grande majorité des quiétistes qui dénoncent le djihad armé, le chercheur Haoues Seniguer estime que « le néosalafisme d’aujourd’hui peut être un sas » vers le djihadisme.

Au sein du monde musulman, le mouvement salafiste contemporain est l’objet de vives critiques. On lui reproche, en particulier, d’avoir une compréhension étroite des différents textes religieux, notamment du Coran et de la Sunna, en privilégiant une lecture trop littérale, et en négligeant le contexte d’écriture et l’esprit de ces textes, aussi bien dans le domaine théologique que jurisprudentiel

Qu’est ce que le soufisme: histoire et évolution…

Le soufisme (en arabe : تصوف [taṣawūf]) ou taçawwuf désigne en islam le cœur ésotérique de la tradition islamique, et l’ésotérisme d’une façon générale. Le mot taçawwuf peut se traduire correctement par « initiation »[]. Il désigne « el-haqîqah » c’est-à-dire la « vérité » intérieure qui vivifie et permet la compréhension profonde de « es-shariyah » (la « grande route »). Le Taçawwuf comprend non seulement la haqîqah mais aussi l’ensemble des moyens destinés à y parvenir, appelé tarîqah – « voie » ou « sentier » – conduisant de la shariyah vers la haqîqah, c’est-à-dire de l' »écorce » (el-qishr) vers le « noyau » (el-lobb) par l’intermédiaire du « rayon » allant de la circonférence vers le centre. Le soufisme est intimement lié, depuis les origines de révélation prophétique de l’islam, à la fois aux orthodoxies sunnite et chiite, bien qu’il ait pris des formes différentes dans les deux cas.

Les sens du mot soufi : Les « hypothèses étymologiques » concernant ce mot relèvent surtout de similitudes phonétiques.

Selon une première hypothèse, « soufisme » viendrait de l’arabe safa ou safw (صفا [ṣafā] « clarté ; limpidité »), qui signifie « pureté cristalline ».

Selon une seconde hypothèse, le mot « soufisme » viendrait de Ahl al-soufa (أَهلُ الصُّفَّةِ [ahl aṣ-ṣuffa], « les gens du banc » ; (le mot a donné « sofa » en français), en référence à ceux qui vivaient dans la Mosquée du Prophète à Yathrib (Médine), et qui furent mentionnés dans le Coran comme « la compagnie de ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir désirant Sa face[2] » et qu’on aurait désignés par le mot Suffiyya. Cette deuxième hypothèse est parfois comparée à ahl al-Saff, (أَهلُ الصُّفَّ [ahl aṣ-ṣaff], « les Gens du Rang »), dans le sens de « premier rang » béni et élite de la communauté.

Selon une troisième, le mot « soufisme » serait tiré de, al-souf (ﺻﻮﻑ [ṣūf], « laine » qui donne صوفيّ [ṣūfīy], « laineux »), du fait que les ascètes de Koufa s’en revêtaient ; c’est ce que retient l’historien Ibn Khaldoun. Le soufi portait en effet un vêtement de laine, comme les pauvres en signe de modestie. La modestie et la pauvreté sont évoquées dans d’autres noms donnés à certains d’entre eux : derviche (persan : درويش [derwiš], « mendiant ») ou [faqīr] (en arabe: فقير, « pauvre »).

Certains ont fait remarquer qu’à part cette dérivation, toutes les autres sont incorrectes du point de vue de la grammaire arabe (par exemple, l’attribution à safâ se dit safawiy et non soufi)[]. Quant à la quatrième, elle dériverait de souffat al-kaffa, ou « éponge molle », en référence au cœur du soufi pur et réceptif[]. Une cinquième possibilité est que soufisme provient du mot grec sofia signifiant « sagesse »[].

En toute rigueur, le terme soufi désigne un individu parvenu à la réalisation spirituelle totale, et non un aspirant à une telle réalisation intérieure, qui devrait être appelé moutaçawwif (مُتَصَوِّف [mutaṣawwif]). Mais, en pratique, les maîtres eux-mêmes emploient le terme « soufi » d’une façon beaucoup plus globale et indistincte, conformément à un principe général qu’exprime bien le hadith suivant du Prophète rapporté par Abou Daoud et jugé authentique par cheikh al Albany : « Quiconque imite un peuple en fait partie. »

La spiritualité du soufisme

Les musulmans soufis sont des personnes qui recherchent l’intériorisation, l’amour de Dieu, la contemplation, la sagesse. Il s’agit d’une organisation initiatique et ésotérique.

Souvent mis en opposition avec l’islam traditionnel par les Occidentaux[] et les musulmans, et bien qu’en réalité les anciennes « voies » soufies aient fait l’intense promotion d’un enseignement très orthodoxe, le soufisme cultive volontiers le mystère, l’idée étant que Mahomet aurait reçu en même temps que le Coran des révélations ésotériques qu’il n’aurait partagées qu’avec quelques-uns de ses compagnons[].

En tant que notables, les soufis combattent le vice sous toutes ses formes. Leurs luttes se sont souvent tournées contre ceux qui menacent de dévoyer la spiritualité des croyants, y compris des émirs licencieux[].

Dès le début de l’islam, Abû Dharr, par exemple, un compagnon de Mahomet, se distingue par sa condamnation des puissants, qui lui a valu l’emprisonnement par les puissants de son époque[].

Le soufisme a pour objectif la recherche de l’agrément de Dieu, la promotion du tawhîd – « science de l’unicité de Dieu ». Il combine la charia, la loi islamique, et al-haqîqa, la vérité[]. L’adhésion au Coran y est un nécessaire préalable à la compréhension du monde[]. Les rites sont inutiles s’ils ne sont pas accomplis avec sincérité[]. Pour certains vulgaristes, le soufisme prône l’existence d’une connaissance cachée (ilm al bâtin) et un idéal de non-attachement aux choses de ce monde et de combat intérieur contre le vice. Ce dernier point est vérifié, mais le principe de ilm al bâtîn fait référence à l’acceptation par le cœur du verset qui pourrait être traduit par « rien ne ressemble à Dieu ».

Dans le soufisme, l’Être suprême est Dieu, auquel on accède – c’est-à-dire accéder à Son agrément – par l’amour de Lui[]. Les symbolismes liés à des traditions ésotériques parfois autres que le soufisme, à côté de ces vérités théologiques, sont nombreux : le symbolisme de l’arbre de la connaissance représente les progrès de la méditation et de la sagesse ; la barrière qui sépare l’homme de Dieu est symbolisée par la montagne cosmique (Qâf), une prétendue présence invisible de Dieu dans le cœur du croyant, poursuivie à travers l’expérience ascétique et l’union extatique (dans l’amour physique notamment) qui permettraient d’atteindre à l’amour et à la connaissance du Créateur.

L’amour dans le soufisme

La pratique de l’islam est l’un des principaux pré-requis du tassawwuf.

Mais si, pour certains, le soufisme consiste à « en faire plus » que les autres musulmans, en matière de prières et de jeûne, pour d’autres « il se situe uniquement au niveau de l’orientation intérieure et ne vise ni à rajouter des rites ni à en retrancher » (Ahmad Al Alawi).

Il se caractérise parfois par des pratiques ascétiques visant à purifier l’ego (comme la méditation, Mouraqaba), mais l’élément commun à tous les soufis sans exception, c’est le dhikr, qu’on pourrait traduire par « rappel » ou « invocation », qui consiste à se remémorer Dieu notamment en répétant son nom de manière rythmée ou des formules traditionnelles tirées du Coran, telles que la shahâda, le témoignage de foi. Le dhikr est considéré comme une pratique purificatrice de l’âme, car on juge que le nom d’Allah possède une sorte de valeur théurgique qui agit sur l’âme. Il existe plusieurs modalités de dhikr.

Le tassawwuf a pour but de conduire au degré de l’excellence de la foi et du comportement (al-ihsân), qui, par la purification du cœur, conduirait à la foi pure (ikhlâs), celle par laquelle « on connaît », par laquelle « on voit ». Celui qui parvient à ce but – le soufi –, après avoir mené le grand combat, dépouillé de son individualité (ego) – ou plutôt l’ayant domestiquée – et délivré de toutes les visions partielles et illusoires qui y sont attachées, accède au degré recherché de connaissance de Dieu, et n’agit que par adoration de Lui ainsi qu’Il l’a dit : « Mon Serviteur ne s’approche de Moi par rien que J’aime plus que les actes que Je lui ai prescrits ; puis Il ne cesse de s’approcher de Moi par les œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime. Et lorsque Je l’aime, Je suis l’ouïe par laquelle il entend, la vue par laquelle il voit, la main par laquelle il saisit… » (Hadith qudsî rapporté par Al-Boukharî). Ceci est expliqué par les soufis par le fait de se voir attribuer certains « prodiges », sans autre explication (voir ou entendre très loin, faire preuve parfois d’une force physique extraordinaire, etc.), et ne saurait être interprété dans un sens physique au sujet de Dieu.

L’islam orthodoxe

Pour les soufis eux-mêmes, leur voie est reconnue par les quatre écoles juridiques (madhhab) sunnites[7], et les quatre fondateurs sont reconnus pour être eux-mêmes des soufis, au sens véritable du mot, c’est-à-dire des saints et par les chiites comme une expression de la foi islamique. Ibn Khaldûn et Ghazâlî (Ihya’, I, Livre 1, bâb 2, bayân 2) rappellent par exemple que « Shâfi‘î s’asseyait devant [le soufi] Shaybân al-Râ‘î, comme un enfant s’accroupit à l’école coranique, et lui demandait comment il devait faire en telle et telle affaire. »

Les gens du tassawwuf, souvent critiqués, ont écrit tout au long de l’histoire des ouvrages destinés à démontrer l’orthodoxie de leurs pratiques, citant en exemple les générations passées, parmi lesquelles un même personnage aurait été à la fois un savant reconnu et un adepte du soufisme, et cherchant les sources traditionnelles (versets ou hadiths) justifiant leurs pratiques, comme ce verset coranique :

« Reste en compagnie de ceux qui, matin et soir, invoquent leur Seigneur ne désirant que Son agrément. »

Les orientalistes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle ont souvent voulu voir dans le soufisme un courant attestant d’une influence extérieure à l’islam, notamment du christianisme, et à l’intérieur de celui-ci, du courant monastique chrétien, donnant bien involontairement aux courants hostiles au soufisme des arguments à charge. Les travaux de nombreux islamologues du XXe siècle ont dans l’ensemble plutôt contribué à réfuter cette thèse. Concernant la vie monastique, si le hadith, dont l’objet est dans ce cas l’instauration d’un modèle comportemental, est particulièrement normatif à cet égard (« pas de monachisme en islam »), le Coran, dans une formule dont certains commentateurs comme Ibn Arabi ont relevé la grande complexité, tout en l’écartant en tant que pratique, en souligne l’intention positive initiale :

Les critiques contre le monde chrétien

« Nous lui avons donné (à Jésus) l’Évangile. Nous avons établi dans les cœurs de ceux qui l’ont suivi la mansuétude, la compassion et la vie monastique qu’ils ont instaurée- Nous ne leur avions pas prescrite – uniquement poussés par le désir de plaire à Dieu. Mais ils ne l’ont pas observée comme ils auraient dû le faire. » Etc. …

Les soufis se sont organisés en confréries (turuq, pluriel de tarîqa; chemin, voie) fondées par des maîtres spirituels (chaykh) qui étaient parfois considérés comme des descendants de Mahomet par son cousin Ali et sa fille Fátima. Chaque soufi se rattache à une « chaîne » (silsilah) qui représente sa généalogie spirituelle, grâce à laquelle il est relié par différents intermédiaires au Prophète. À quelques exceptions près (comme certaines voies naqshbandies), toutes les voies spirituelles se rattachent traditionnellement au Prophète par l’intermédiaire d’Ali ibn Abi Talib.

Si pour les soufis, c’est le prophète de l’islam Mahomet qui est le premier d’entre eux, l’Histoire ne trouve trace des premiers groupes de soufis qu’à Koufa et Bassorah à partir du VIIIe siècle de l’ère chrétienne, puis à Bagdad au IXe siècle. Les XIIe siècles et XIIIe siècle marquent pour le soufisme le passage à une structuration et une organisation beaucoup plus formelle : c’est ce qu’on appelle les confréries (turuq, pluriel de tarîqa). Cette organisation formelle et donc en quelque sorte sociale ne veut évidemment pas dire que la nature du soufisme, qui est une voie spirituelle (sens originel du mot tarîqa), soit fondamentalement transformée. Mais cette évolution se traduit par une visibilité plus grande et un impact historiquement mesurables du soufisme sur les sociétés musulmanes. Cet impact est particulièrement évident dans certains cas où le soufisme représente à lui seul l’expression de la religion musulmane : les exemples d’islamisation de l’Afrique de l’Ouest par la Tidjaniyya, la Mouridiyya et la Qâdiriyya, ou de la résistance menée contre les Russes aux XIXe siècle et XXe siècle par une population musulmane majoritairement rattachée à la Naqshbandiyya le montrent abondamment. Cette influence socio-politique de certains secteurs du soufisme se voit surtout dans les régions tardivement converties à l’islam : en Asie centrale, en Inde, où il fut l’un des fers de lance de l’islamisation, et dans le monde turc. Il est donc évident que la notion de soufisme recouvre des réalités très variables : certaines sont purement spirituelles et métaphysiques tandis que d’autres représentent les conséquences de l’implication des maîtres soufis et de leurs disciples dans le domaine politico-social. Les confréries soufies furent persécutées par certaines autorités du sunnisme car jugées hétérodoxes par certains docteurs de la loi musulmane et car alliées au chiisme. Aujourd’hui encore, certains courants salafî ou wahhabî, qui prétendent représenter l’islam orthodoxe, cherchent à diminuer l’influence des confréries soufies dans le monde, le soufisme étant considéré comme un instrument pour sortir du cadre d’une forme d’orthodoxie stricte et littérale et, surtout, comme une dérive superstitieuse et, parfois, païenne. En Perse la dynastie des Séfévides était issue d’une dynastie soufie.

Du point de vue des idées, le soufisme est un courant ésotérique et initiatique, qui professe une doctrine affirmant que toute réalité comporte un aspect extérieur apparent (exotérique ou zahir) et un aspect intérieur caché (ésotérique ou batin). Il se caractérise par la recherche d’un état spirituel qui permet d’accéder à cette connaissance cachée. Cette importance accordée aux secrets a même mené jusqu’à l’invention des langues artificielles par les confréries, dont le plus important exemple est le Baleybelen.

La première phase est donc celle du rejet de la conscience habituelle, celle des cinq sens, par la recherche d’un état d’« ivresse » spirituelle, parfois assimilé à tort à une sorte d’extase ; les soufis eux-mêmes parlent plutôt d’« extinction » (al-fana’), c’est-à-dire l’annihilation de l’ego pour parvenir à la conscience de la présence de l’action de Dieu. Cette première étape réalisée, le soufi doit revenir au monde extérieur qu’il avait dans un premier temps rejeté ; le lexique des soufis désigne cette phase par différents termes qui correspondent à autant d’aspects de ce second voyage : al-baqâ, la « subsistance ou la permanence », la lucidité (sahw), le retour (rujû’) vers les créatures, semble-t-il. Cette description sommaire a forcément un caractère très schématique : comme le montre la littérature soufie, ce processus est bien plus cyclique que linéaire, et l’interprétation des termes du lexique soufi est par nature ésotérique. Comme le dit le maître soufi algérien Ahmad Al Alawi : « Que de fois on a employé ces expressions, alors que les gens ignorent ce que le Peuple entend par là ! Les soufis parlent d’union et de distinction, sans que les autres ne sachent de quoi il retourne, ce que sont l’union et la réalisation (tahqîq), autrement que théoriquement et par foi. Tout ce qu’ils peuvent affirmer à ce sujet dépend de leur capacité à imaginer, par des constructions conceptuelles (wahm), ce à quoi se réfèrent ces expressions, puisqu’il est impossible de le savoir tant que l’on n’a pas rejoint Dieu. » Par exemple, une autre façon de présenter le même processus, à partir de la terminologie coranique, consiste à décrire différents degrés de réalisation spirituelle. Les maîtres soufis distinguent trois phases dans l’élévation de l’âme vers la connaissance de Dieu : d’abord l’âme gouvernée par ses passions. Le postulant à l’initiation, qui est considéré comme étant à ce stade, est appelé mourîd (مُريد [murīd], novice; nouvel adepte; disciple). Vient ensuite le degré de l’âme qui se blâme elle-même, c’est-à-dire qui cherche à se corriger intérieurement, l’initié qui parvient à ce stade est appelé salîk (farsi : سالك [sālik], voyageur) itinérant, allusion au symbolique « voyage intérieur ». Puis le troisième et dernier niveau est celui de l’âme apaisée.

Révolution française

(Révolution française) et la Terreur

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Estampe de la Guillotine, « la Garde qui veille aux barrières du Louvre », durant la Terreur.

La Terreur est le nom par lequel on désigne deux périodes de la Révolution française au cours desquelles la France est gouvernée par un pouvoir d’exception reposant sur la force, l’illégalité et la répression.

 

Sa datation et sa définition restent très flottantes. Toutefois, on distingue deux phases « visibles » de Terreur :

La première va de la chute de la royauté, le 10 août  1792, à la proclamation de la République, le 21 septembre 1792. Elle voit la création des institutions qui vont ouvrir la voie à la Terreur : un tribunal criminel extraordinaire est institué le 17 août 1792 et dont la mise en fonctionnement a été interrompue par l’épisode des massacres de septembre. Une interprétation des massacres a été la « lenteur » du tribunal du 17 août, c’est du moins celle des membres de la Commune de Paris et notamment les artisans des massacres. Elle a été réfutée par les Girondins et les Montagnards modérés.

La seconde période va de l’élimination des députés girondins le 2 juin 1793 à l’élimination des Robespierristes, du 9 au 12 thermidor an II (27-30 juillet 1794).

Entre l’été 1793 et l’été 1794, la Terreur atteignit, à Paris et en province, son paroxysme, autorisant toutes les violences et toutes les surenchères. Le Comité de salut public divisé sur la répression, créa, au printemps 1794, un « bureau de police » qui lui est propre pour contrôler les dérives du Comité de sûreté générale que contrôle Alexis Vadier – président inamovible de ce Comité de la Terreur -, André Amar et Grégoire Jagot, eux-mêmes sous la férule de trois membres éminents du Comité de salut public, à savoir: Bertrand Barère de Vieuzac – ami intime de Vadier -, Nicolas Billaud-Varenne et Jean-Marie Collot d’Herbois. Le Comité de sûreté générale n’est autre qu’une police politique, fonctionnant en liaison étroite avec le Tribunal révolutionnaire. Il ressort que le Comité de sûreté générale, et lui seul, a délivré infiniment plus de mandats d’arrêt que toutes les autres autorités répressives réunies, notamment le Comité de salut public du département et les divers comités de surveillance relevant de l’autorité de la Commune.

Ce n’est qu’au mois de mars 1794, après le vote des lois de ventôse, qu’on assista à un renforcement des pouvoirs de l’État qui furent concentrés, hormis la partie financière entre les mains du seul Comité de salut public dont les membres se sont peu à peu opposés sur la question des « sévérités nécessaires » : Robespierre était partisan de la modération et des sévérités motivées, contre l’avis de Bertrand Barère de Vieuzac, Collot d’Herbois et Billaud-Varenne qui ont eu à répondre avec Vadier et André Amar du Comité de sûreté générale, de nombreux crimes et actes de barbarie, ce qui valut aux trois premiers une condamnation à la déportation en l’an III.

Au motif allégué de la guerre et du « salut public », une politique de répression a été instaurée par le gouvernement révolutionnaire, sous la pression d’événements très graves menaçant la sûreté de l’État. C’est l’application outrancière de ces sévérités nécessaires, c’est-à-dire le terrorisme se superposant à la répression, qui ouvrit à nouveau la porte à une terreur que l’on n’avait pas connue depuis les massacres de septembre 1792, un an plus tôt. Les révélation de complots dans la Lettre anglaise qui fut publiée en juillet 1793 par la Convention, le soulèvement de Lyon puis de la Vendée, la prise de Toulon, etc. furent chaque fois l’occasion, pour le Comité de salut public et la Convention, de réactions motivées, mais qui donnèrent lieu, chaque fois ou presque, dans les faits, à des exagérations dans le dosage de la répression, que ce soit en Vendée ou Lyon, dans le Nord et dans le Midi, ou à Paris. Dès la mise à l’ordre du jour de la terreur par Bertrand Barère de Vieuzac., les libertés commencèrent à être réduites et une politique de lutte contre les dangers intérieurs et extérieurs menaçant la République avait été décrétée et aussitôt mise en application: d’abord la loi contre les étrangers du 5 septembre, puis la si importante loi des suspects du 17 septembre 1793 qui eut des aménagements successifs jusqu’à sa suppression alors que l’Autriche et l’Angleterre étaient toujours en guerre.

La loi du 22 prairial (10 juin 1794) qui simplifia à l’extrême les procédures de mise en accusation et supprima toute défense, instaura, à Paris seulement, une série d’exécutions massives, toujours à caractère terroriste, et qu’on baptisa la Grande Terreur.

On considère que la Terreur s’acheva le 9 thermidor an II (27 juillet 1794) avec la chute de Robespierre et de ses partisans et leur exécution le lendemain. Les acteurs majeurs de la période sont, notamment, Bertrand Barère de Vieuzac, Collot d’Herbois, Billaud-Varenne et Lazare Carnot[]. Contrairement à une tradition bien ancrée dans les manuels scolaires, Maximilien de Robespierre, Saint-Just, Couthon n’ont jamais poussé à la surenchère terroriste. Au contraire, Robespierre a fait obstacle, contre l’avis de ses collègues, aux manœuvres sanguinaires et parfois crapuleuses, en province, de Fouché, de Le Bon, de Carrier et autres représentants proches de Barère de Vieuzac. Néanmoins le rôle de Robespierre dans la Terreur a été amplifié à cause de son discours resté célèbre, prononcé à la Convention nationale, le 25 décembre 1793 (extraits) :

« Le but du gouvernement constitutionnel est de conserver la République ; celui du gouvernement révolutionnaire est de la fonder. […] Le gouvernement révolutionnaire doit au bon citoyen toute la protection nationale ; il ne doit aux Ennemis du Peuple que la mort. Ces notions suffisent pour expliquer l’origine et la nature des lois que nous appelons révolutionnaires […]. Si le gouvernement révolutionnaire doit être plus actif dans sa marche et plus libre dans ses mouvements que le gouvernement ordinaire, en est-il moins juste et moins légitime ? Non ; il est appuyé sur la plus sainte de toutes les lois : le salut du Peuple. »

En fait Robespierre ne parle que de répression encadrée et non d’exactions et d’exagérations. Il fut le premier en effet à dénoncer les exagérations hébertistes de la Commune de Paris qu’il fit partiellement épurer en février et mars 1794, et celles des envoyés en mission sanguinaires – du moins ceux cités ci-dessus – qu’il voulut faire rappeler.

Les victimes les plus de cette période sont aussi bien royalistes, comme l’ex-souveraine Marie-Antoinette, que républicains comme Vergniaud, Danton, Camille Desmoulins, etc. D’autres personnes furent victimes de règlements de compte (voir Vadier et Darmaing), d’autres avaient le tort d’être trop riches (Antoine Lavoisier et les fermiers généraux), d’autres encore étaient des témoins gênants, d’autres enfin ne surent jamais pourquoi on les avait condamnés à la peine de mort.

Contexte et mise en place de la Terreur

Les origines de la Terreur La Patrie en danger et la « première » Terreur

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Sans-culottes
Représentation populaire (1789).

Depuis avril 1792, la France est en guerre contre les monarchies européennes solidaires de la famille royale française, l’Autriche et la Prusse. Le 11 juillet, on avait proclamé la « patrie en danger ». La provocation publiée sous le nom de manifeste de Brunswick (25 juillet 1792) qui menaçait les Parisiens de représailles en cas de violence contre le roi et sa famille devaient précipiter les événements d’août et de septembre.

Le 10 août, les sans-culottes et les fédérés, entraînés par les principales têtes pensantes de la Commune de Paris prirent d’assaut le palais des Tuileries où résidait Louis XVI. Celui-ci fut jeté en prison tandis que les armées étrangères pénétraient sur le sol français. Pendant cette période dite de la « Première Terreur » (été 1792), le pays eut un gouvernement transitoire dont l’exécutif fut confié à la commune de Paris qui disposa d’un conseil exécutif composé de six membres. L’Assemblée législative continua de siéger normalement et valida le décret de déchéance du roi Louis XVI. L’une de ses mesures a été d’envoyer des représentants en mission auprès des armées afin de purger le haut commandement et de lutter contre les accapareurs. Dans le même temps elle décida de mettre en accusation ceux que l’on appela « les ennemis de la Révolution et les suspects », définition vague qui frappa pêle-mêle toute sorte de citoyens : 3 000 personnes furent arrêtées – pour souvent être relâchés- en quelques jours. Les défenseurs du palais des Tuileries lors de l’insurrection du 10 août sont exécutés sommairement. Un tribunal d’exception fut organisé le 17 août 1792, avec un jury populaire composé de membres des sections parisiennes. L’annonce de la chute de Verdun aux mains des Prussiens (29 août 1792) et les rumeurs de complot créèrent un climat favorable aux massacres de septembre 1792 dans les prisons, qui furent décidés par le commandant de la garde nationale, le général Santerre, qui prit sur lui de couvrir l’opération et les membres du Comité de surveillance de la Commune de Paris, à savoir Etienne-Jean Panis, Pierre Jacques Duplain, Didier Jourdeuil et Antoine Sergent qui s’adjoignirent un certain nombre de personnages parmi lesquels Jean-Paul Marat qui annonça lui-même, la veille, les massacres dans son journal. Ces tueries préméditées à l’arme blanche contre lesquelles le maire de Paris Jérôme Pétion et le président de l’assemblée nationale ne purent rien faire, durèrent trois jours et ne furent pas l’effet d’une folie collective ou d’une colère. Les massacres de septembre 1792, qui préludèrent à la terreur de 1793, firent entre 1 000 et 1 400 morts. Les réactions indignées des Parisiens, malgré la peur, commencèrent à s’exprimer à partir de la mi-septembre – Roch Marcandier et olympe de Gouges furent les premiers à protester – et furent relayées par les députés de la Législative puis de la Convention qui réclamèrent une commission d’enquête parlementaire.

Après les défaites à répétition de l’armée, la bataille de Valmy (20 septembre 1792) marqua un premier succès militaire – même si les raisons de ce succès sont obscures – et déclencha l’enthousiasme à Paris. La Première République fut proclamée le lendemain et la Convention nationale remplaça l’Assemblée législative.

Les débuts de la Convention nationale (septembre 1792-juin 1793)

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Exécution de Louis XVI

La nouvelle assemblée de la Convention fut élue au suffrage universel, à charge pour elle de rédiger une nouvelle constitution pour le pays. Les députés siégèrent selon leur appartenance politique : en haut des tribunes de la salle du manège, située dans le jardin des Tuileries, se trouvaient les Montagnards ; les Girondins prirent l’habitude de s’asseoir ailleurs, dans la « plaine ». Le fossé entre les deux « partis » s’agrandit au cours des premiers mois de 1793. Les Montagnards et les Girondins ne s’entendirent pas sur le contenu à donner à la République. Beaucoup de députés, liés d’amitié profonde quelques mois plus tôt se séparèrent sur des questions d’hommes et de projets. Ils se divisèrent sur différentes questions importantes. La première, qui envenima leurs rapports jusqu’à l’élimination physique des uns par les autres fut celle des sanctions judiciaires à donner aux responsables des tueries de septembre. Puis ils se divisèrent sur les pouvoirs de la Commune, exorbitants aux yeux des Girondins qui redoutaient le poids de son bras armé sur l’indépendance et la sérénité des débats parlementaires. Le troisième point d’achoppement tint au procès de Louis XVI, à son principe et à sa forme puis à son déroulement; et le dernier aux questions diplomatiques relatives à la Grande-Bretagne, à la Hollande et aux pays qui n’étaient pas encore entrés dans la coalition.

Après le procès de Louis XVI, la Convention nationale vota l’exécution du roi (21 janvier 1793), ce qui provoqua la formation d’une coalition européenne : les Britanniques attaquèrent les côtes méditerranéennes et du Nord-Ouest, les Espagnols tentèrent de passer les Pyrénées, les Sardes franchirent les Alpes ; les frontières du nord et de l’est cédèrent devant les armées austro-prussiennes. Les armées révolutionnaires reculèrent (défaite de Neerwinden, le 18 mars 1793), à cause des faiblesses du commandement et des effectifs. Les émigrés français étaient souvent d’anciens officiers : même si leurs forces sont en réalité très faibles, elles alimentent l’idée du complot aristocratique.

Pour pallier le manque de soldats, la Convention décréta en mars 1793 la levée en masse de 300 000 hommes, sur le principe du volontariat. Devant le manque de volontaires, on décida de procéder à un tirage au sort. Les départements de l’Ouest refusent de partir à la guerre et dénoncent les privilèges accordés aux notables. Avec la guerre de Vendée, l’unité de la République est mise en péril. La Convention réagit d’abord en envoyant des contingents armés en Vendée et prit des mesures radicales : tout insurgé serait condamné à mort et des listes de résidents seraient affichées sur les portes des immeubles de la capitale.

Au cours du printemps 1793, des pillages de magasins et de boulangeries eurent lieu dans Paris. L’approvisionnement que gérait la Commune, se faisait mal et on fit courir le bruit que la faute en incombait aux « aristocrates ». Le 4 mai la Convention para aux manœuvres destinée à faire soulever la population en fixant un maximum des prix pour les grains et les farines, afin d’arrêter le renchérissement des denrées.

Dans la rue et dans les sections parisiennes, les quelques meneurs de la commune qui avaient la force armée pour eux, réclamèrent, sous de fallacieux prétextes, l’arrestation des députés girondins qui réclamait avec insistance le renvoi des meneurs aristocrates de la commune devant le tribunal révolutionnaire>. Devant l’intimidation créée par les canons de la Commune sur la Convention, et pour éviter de nouveaux massacres, les députés décidèrent de prendre des mesures radicales et exceptionnelles. Danton affirmait : «  Soyons terribles pour éviter au peuple de l’être ». Le comité de sûreté générale, principal organe de la répression eut des pouvoirs d’investigation étendus. Il était issu du Comité des recherches de la Constituante auquel s’était substitué sous la Législative un comité de surveillance et de sûreté dont les principaux membres furent François Chabot, Claude Basire et Merlin de Thionville. Sous la Convention, le comité de surveillance fut trois fois réorganisé: le premier comité de surveillance, issu le 2 octobre 1792 de l’installation de la Convention, fut considérablement restructuré en janvier 1793, et il fonctionna avec la même composition de X membres jusqu’au 14 septembre suivant; à cette date, des scandales multipliés avaient amené le Comité de salut public et la Convention à réorganiser entièrement et à recomposer le Comité de sûreté générale (à l’exception de Amar) que Barère plaça sous l’autorité de son ami Vadier: c’est le « grand » comité de sûreté générale qui donna consistance à la répression, débouchant très vite sur la période dite de terreur. Outrepassant ses droits au nom de l’efficacité révolutionnaire, pratiquant le zèle par calcul politique, le Comité de sûreté générale fut une véritable police politique inquisitoriale, qui monta des affaires politico-policières et cultiva le secret sur ses opérations. Son influence dévastatrice fut combattue par Robespierre mais maintenu par Barère, Billaud-Varenne et Collot d’Herbois jusqu’au 9 thermidor. Les divers comités de surveillance dont le Comité de salut public du département de paris et les comités révolutionnaires de section qui furent institués le 21 mars, complétèrent le dispositif: il leur fallait surveiller et dénoncer, dans chaque département, dans chaque quartier ou section de chaque ville, les « ennemis de la République ».

Un tribunal révolutionnaire réclamé par les députés de tous les bords fut chargé de juger les « ennemis de la République » selon une procédure d’exception fondée par le décret du 10 mars qui énumérait ses prérogatives. Il fonctionna en liaison étroite avec le Comité de sûreté générale auquel il était subordonné sinon en principe du mois dans les faits. Ses membres principaux (présidents successifs, accusateur publics, substituts et adjointe, et également la composition de son jury, à Paris, se caractérisèrent, dès le début, par une forte homogénéité politique de tendance exagérée.

Le 28 mars, l’appareil législatif contre les émigrés rentrés fut revu et durci (Loi des témoins) .

Enfin et surtout le grand Comité de Salut Public où entrèrent Bertrand Barère de Vieuzac et Georges-Jacques Danton fut mis en place par décret le 6 avril, en remplacement du comité de défense général : organe de gouvernement révolutionnaire, il était en principe subordonné à l’Assemblée et devait permettre de concentrer le pouvoir exécutif. Bientôt, la Convention nationale, débarrassée en deux fois d’une centaine de députés Girondins[24], entérina ses décisions dans la crainte puisque le Comité de salut public s’était donné le droit de faire arrêter les députés « suspects » à titre préventif. Composé de neuf puis de douze membres, le Comité de Salut Public fut l’un des organes de coordination de la répression. Son membre le plus influent – et le premier rentré – ne fut pas Robespierre mais Bertrand Barère de Vieuzac qui eut, après le départ de Danton en juillet 1793, constamment une majorité pour lui et les décisions qu’il voulait imposer à la Convention devenue une chambre d’enregistrement.

En septembre 1793, Bertrand Barère de Vieuzac mettait la terreur à l’ordre du jour le 5 septembre 1793. Jouant avec les mots, celui-ci mêlait deux concepts distincts: la répression aussi sévère soit-elle, prônée par Robespierre qui ne vit pas immédiatement le danger, et le terrorisme d’État qui est l’exagération de la répression, selon la définition qui en fut donnée au Tribunal révolutionnaire chargé de juger en ventôse an II ceux qui l’avaient pratiquée, du moins ceux que l’on avait identifié et décidé de sacrifier. C’est de cette époque et sur cette question du terrorisme comme instrument de gouvernement que devait se fissurer l’unité apparente qui avait prévalu au sein du Comité de salut public. Les divisions – qui devaient déboucher sur le 9 thermidor – sont en effet directement en rapport avec la question cruciale de la poursuite de la guerre et de la reconnaissance de la république, puisque, indépendamment des neutres (Suède, Danemark, Turquie), plusieurs états, comme la Prusse et l’Espagne, se dis aire prêts – si l’on arrêtait le terrorisme -à négocier et reconnaître la République.

Le 4 frimaire an II (24 novembre 1793) fut présenté le décret relatif à l’organisation du gouvernement révolutionnaire, qui renforçait la centralisation du gouvernement.

Les mesures de la Terreur (juin 1793-juin 1794)

La guerre contre les coalisés

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Le général Custine, condamné par le tribunal révolutionnaire et guillotiné en août 1793

Plusieurs mesures sont prises pour rétablir la situation militaire de la République et éviter un coup d’État : des représentants en mission sont envoyés pour inspecter les armées et surveiller les généraux. Cette surveillance aboutit à des exécutions de généraux jugés trop tièdes ou traîtres : en 1793, 11 d’entre eux sont exécutés comme Adam Philippe de Custine ou Jean Nicolas Houchard, 31 en 1794. Ces généraux sont remplacés par de jeunes officiers sortis du rang et fidèles à la République. Ils mettent en pratique la stratégie offensive décidée par le Comité de salut public. Ensuite, les étrangers sont bannis de l’armée car ils sont considérés comme suspects.

Réorganisation des armées

Les armées républicaines sont réorganisées, notamment par Lazare Carnot, surnommé l’Organisateur de la victoire : les effectifs augmentent grâce à la levée en masse (23 août 1793), qui porte momentanément les effectifs de l’armée à 750 000 hommes fin 1794 (contre 270 000 fin 1792 et 550 000 fin 1793). Tous les hommes célibataires de 18 à 25 ans sont mobilisés de force. Le budget consacré à l’effort de guerre est augmenté. Les régiments sont transformés en demi-brigades, par l’amalgame de l’armée royale et des volontaires : chaque bataillon de soldats de l’armée d’Ancien Régime reçoit deux bataillons de volontaires ; ces derniers, plus jeunes et généralement plus enthousiastes envers la Révolution, bénéficient de l’expérience des premiers, les entraînent lors des combats et les surveillent, ce qui évite les trahisons d’unités entières. L’amalgame est achevé en 1796.

La mobilisation de tous pour l’effort de guerre

Pour combler le déficit d’armes et de munitions, le Comité de salut public crée, en 1793, la commission des armes et des poudres, qui multiplie les manufactures d’armes et réorganise la collecte des matières premières, et confie au comité militaire, réduit à un rôle technique et consultatif, l’organisation des levées d’hommes et leur encadrement, le développement de la cavalerie et la réquisition des charrois, la surveillance des hôpitaux militaires et des troupes cantonnées à Paris. La production d’armes augmente. Pour améliorer la qualité des métaux utilisés et les techniques de fabrication, le chimiste Gaspard Monge et l’ingénieur des mines Hassenfratz sont chargés de l’organisation de la manufacture d’armes de Paris, le chimiste Carny de faciliter l’extraction du salpêtre, Berthollet et Choderlos de Laclos de travailler sur la composition de la poudre et expérimenter de nouveaux projectiles. Le 14 frimaire an II (4 décembre 1793), tous les citoyens, y compris les enfants, sont invités à récolter le salpêtre sur les murs de leurs caves. La Convention décide le 26 juillet 1793 la construction de relais pour le télégraphe par sémaphore de Claude Chappe ; la première ligne est installée entre Lille et Paris durant l’été 1794. Des l’automne 1793, l’armée utilise des ballons captifs, dont le général Jourdan se sert notamment à Fleurus. Des camps d’entraînement pour les nouvelles recrues sont aménagés. Le 15 novembre 1793, la Convention décrète que l’approvisionnement des armées doit primer sur celui des civils. En décembre 1792, le ministre de la guerre Jean Nicolas Pache a remplacé les intendants des armées, système qui favorise la corruption, par la régie directe, pratique abandonnée par son successeur Beurnonville en février 1793. Finalement, un décret du 27 juillet 1793 résilie tous les marchés passés et leur substitue la régie, et l’approvisionnement devient l’un des domaines de prédilection des envoyés en mission.

Résultats

Après l’été 1793, la situation militaire semble se redresser : le 2 septembre, Toulon est reprise par les armées républicaines après un long siège. Ces dernières remportent plusieurs victoires dans le nord et l’est : Honschoote (8 septembre 1793), Wattignies (16 octobre 1793), Tourcoing (18 mai 1794) et enfin Fleurus (26 juin 1794). Par ces victoires, la République se renforce et exporte ses idéaux révolutionnaires en dehors de la France.

Libération ou conquête ?

Le but premier de la guerre est, pour la Convention, de détruire les forces contre-révolutionnaires et de libérer les peuples européens qui leur sont soumis. Les premières Républiques-sœurs sont constituées en 1793 (République rauracienne, dans le Jura suisse, et République de Mayence). Pourtant, les objectifs initiaux sont vite dévoyés et font place à une politique d’occupation des territoires conquis. L’armée doit réquisitionner du matériel et de la nourriture.

Répression ou terreur ?

La loi des suspects et répression

En juillet 1793, l’assassinat de Marat par Charlotte Corday renforce les sentiments antiroyalistes. Les insurgés fédéralistes de Normandie marchent sur Paris mais sont finalement arrêtés à Pacy-sur-Eure. Il faut attendre le mois d’octobre pour que Bordeaux et Lyon soient reprises par le gouvernement. En août, les sujets britanniques résidant en France sont menacés d’être arrêtés et en octobre est instituée la Loi contre les Anglais. Le 12 août 1793, Robespierre déclare à la Convention :

« Que le glaive de la loi, planant avec une rapidité terrible sur la tête des conspirateurs, frappe de terreur leurs complices ! Que ces grands exemples anéantissent les séditions par la terreur qu’ils inspireront à tous les ennemis de la patrie ! »

La loi des suspects est adoptée le 17 septembre 1793. Sont jugés « suspects » d’après l’article 2 :

« Ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme et ennemis de la liberté […]. Ceux à qui il a été refusé des certificats de civisme. Les fonctionnaires suspendus ou destitués de leurs fonctions par la Convention nationale ou ses représentants. Les nobles, les maris, les femmes, pères, mères, fils ou filles, frères ou sœurs, qui n’ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution. Ceux qui ont émigré du 1er juillet 1789 au 8 avril 1792, bien qu’ils soient rentrés en France »

La justice révolutionnaire est chargée de juger les suspects : elle est exclusivement parisienne après la création du tribunal révolutionnaire de Paris en mars 1793, puis elle se trouve étendue à la province par plusieurs représentants en mission, avec la création de commissions révolutionnaires ou militaires dans les zones de guerre civile. Le 10 octobre 1793 est proclamé le gouvernement révolutionnaire : la constitution de 1793 n’est pas appliquée et les libertés sont suspendues en attendant le retour à l’ordre et à la paix. Le pouvoir est concentré et centralisé. Grâce à la création du Bulletin des lois de la République, les décisions de la Convention sont connues et applicables immédiatement. C’est à partir de cette date que Robespierre prend de plus en plus d’ascendant sur les différents acteurs politiques à Paris. Le comité de sûreté général ainsi que les comités locaux sont chargés d’appliquer les lois et de trouver les suspects. Ils font leur rapport hebdomadaire devant le Comité de salut public. En province, les institutions locales sont purgées. Finalement les agents nationaux surveillent les districts.

Malgré les victoires contre les fédéralistes (Lyon tombe le 9 octobre 1793), la Terreur continue en province comme à Paris. La loi de ventôse an II (février-mars 1794) permet la redistribution des biens des opposants vers les alliés des dirigeants politiques du moment. L’obtention d’un certificat de civisme devient une nécessité vitale pour les nombreuses personnes suspectes.

Les Vendéens

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Le décret de destruction de la Vendée (1er août 1793) témoigne de l’exaspération de la Convention devant les victoires vendéennes (Vihiers en juillet 1793). En dépit des victoires des armées républicaines à Cholet (17 octobre 1793) ou à Savenay (23 décembre 1793), une guerre d’embuscades et de coups de main se poursuit, conduisant à l’organisation de colonnes incendiaires par le général Turreau. Certains ont parlé de « volonté génocidaire » dans la répression menée par plusieurs individus.

Les colonnes infernales dirigées de janvier à mai 1794 font entre 20 000 et 40 000 morts[31]. Les massacres commis à cette occasion sont qualifiés par certains historiens de « génocide » vendéen. D’autres rappellent que la destruction de la Vendée correspond à une pratique propre aux guerres de l’époque moderne et la comparent à la destruction du Palatinat par les armées de Louis XIV en 1689. Jean-Clément Martin rappelle que le discours de Barère du 1er août 1793, qui a servi pour justifier l’idée d’un « génocide » commis par les révolutionnaires, précise qu’il faut protéger les femmes, les enfants, les vieillards, et même les hommes sans armes

La devise des chouans était « Pour Dieu et pour le Roi », les chouans avaient formé l’Armée Catholique et Royale. Leurs idéaux que certains ont traduit par écrit, révèle un Catholicisme impliquant un royalisme. En effet, c’est à cause de l’interdiction du culte puis par le régicide que les chouans vont prendre les armes contre la république.

En revanche certains « catholiques » appartiennent, dans ces régions comme dans le reste de la France, au camp républicain, comme en témoignent les nombreux ex-voto fabriqués pour protéger des chouans ou les martyrs et les « saints » républicains (non reconnus par Rome) vénérés par les villageois, en l’absence du curé ou de l’évêque. La parodie de la religion catholique à été souvent utilisée par les révolutionnaires.

Le représentant en mission Carrier incarne les abus de la politique de la Terreur contre les Vendéens : de la fin décembre 1793 à la fin février 1794, il fait fusiller 2 600 prisonniers, puis il organise les noyades dans la Loire qui font plusieurs centaines de victimes.

La chouannerie

La Grande Terreur (juin-juillet 1794)

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L’exécution de Robespierre, le 28 juillet 1794
marque la fin de la Grande Terreur

La politique de Terreur inaugurée en juin 1793 semble porter ses fruits : les manifestations fédéralistes sont matées, les Vendéens sont écrasés, les attaques de la coalition sont repoussées. Cependant, le Comité de salut public souhaite asseoir la République. Pour ce faire, il lui faut exterminer ses ennemis, selon le mot de Couthon, dans son rapport de la loi de prairial, et développer une nouvelle classe de petits propriétaires. Les décrets de ventôse décident la confiscation des biens de ces ennemis de la République, qui doivent être distribués aux patriotes indigents ; ils prévoient la constitution de listes d’indigents par les autorités locales et la création de commissions révolutionnaires pour faire la part entre les vrais ennemis de la République et les personnes injustement emprisonnées (le tribunal révolutionnaire ne doit juger que des accusés triés, en contradiction avec le décret du 19 mars 1793) ; une partie, seulement, verra le jour. En outre, le 27 germinal (17 avril 1794), un décret ordonne la suppression des tribunaux populaires en province ; tous les suspects doivent passer devant le tribunal révolutionnaire de Paris, sauf dans le Nord et le Vaucluse, où les commissions révolutionnaires d’Orange et de Cambrai sont maintenues.

La loi de prairial et les préparatifs du 9 thermidor

Enfin, la loi du 22 prairial An II (10 juin 1794), rédigée par Robert Lindet et présentée par Georges Couthon simplifiait les procédures et, appliquée sans le filtrage des commissions populaires dont la mise en fonctionnement fut sabotée par les partisans de l’exagération, instaura ce que l’on a appelé la Grande Terreur. La sentence était rendue selon l’intime conviction morale des juges et des jurés. Désormais, il n’existait que deux issues aux procès : l’acquittement ou la peine de mort.

Ces décisions appliquées dans une précipitation calculée – avec l’aval de Barère de Vieuzac, Collot d’Herbois, Billaud-Varenne, les membres du Comité de sûreté générale excepté Le Bas, et Fouquier-Tinville -, débouchèrent sur une accélération des procédures de jugement et une augmentation des condamnations au Tribunal révolutionnaire, en juin et juillet 1794. Pour le seul mois de juin 1794, on procède à des exécutions massives à Paris où la guillotine fonctionna presque tous les jours. Le 29 Prairial an II (17 juin 1794), 54 personnes sont condamnées à mort dans le procès des chemises rouges. Au début de Thermidor, on comptait environ 8000 suspects dans les prisons parisiennes. Les prisonniers hanovriens et anglais sont massacrés et la guérilla contre les chouans se poursuit avec violence. En fait, aussi paradoxal que cela puisse paraître, la loi de Prairial représentait pour ses initiateurs un moyen de ramener la Terreur aux strictes « sévérités nécessaires », en limitant les causes d’exclusion politique : l’esprit de cette loi visait à absoudre tous ceux qui avaient été entraînés dans les excès contre-révolutionnaires à cause de leur ignorance (cela concernait beaucoup de fonctionnaires qui avait suivi les sirènes de l’Hébertisme), elle remettait en cause la systématicité de la répression en rapport avec la faute reprochée. De même, elle offrait une définition plus précise des motifs d’accusation (article 6), ce qui réduisait l’arbitraire. Déjà, en avril, Robespierre avait obtenu qu’on ne poursuive pas les nobles qui avaient acheté leur noblesse. De même, les articles 10, 11 et 18 stipulaient que les comités de salut public et de sûreté générale devaient pouvoir contrôler les poursuites engagées devant le Tribunal révolutionnaire.

Pour Jacques Godechot et Jean-Clément Martin, comme autrefois pour Albert Mathiez et Olivier Blanc[40], la loi du 22 prairial a été sabotée par les adversaires de Robespierre pour le discréditer, ainsi le 17 juin quand Fouquier-Tinville envoya un groupe hétéroclite de 54 condamnés (dont Henri Admirat et Cécile Renault) à l’échafaud, revêtus des chemises rouges de « parricides » (laissant ainsi sous-entendre que Robespierre serait le « roi de France »), des assassins et empoisonneurs. Patrice Gueniffey, de son côté, prétend à tort que Robespierre a eu un rôle central dans l’élaboration de la loi du 22 prairial – rédigée en fait par Georges Couthon et Robert Lindet – conçue intentionnellement comme un moyen de destruction des « ennemis du peuple », désormais définis selon des critères moraux et non politiques, indépendamment des périls susceptibles de menacer la Révolution.

Depuis le printemps 1794, en effet, des dissensions naissent au sein du gouvernement révolutionnaire. Le Comité de sûreté générale est ulcéré par la création du bureau de police générale, par le Comité de salut public, qui empiète sur ses fonctions. De même, quand Robespierre reprend le dossier de l’affaire Catherine Théot, à travers laquelle Vadier moquait le culte de l’Être suprême et tentait de compromettre l’Incorruptible, Billaud-Varenne et Collot d’Herbois profitent de son départ volontaire du Comité de salut public – ne voulant pas s’associer aux crimes de la Grande Terreur – et tentent de le faire passer pour un tyran et un dictateur.

Carnot et la victoire de Fleurus, le 8 messidor (26 juin 1794).

D’autant qu’en juillet, le malaise économique s’aggrave (le 9 thermidor, des ouvriers manifestent contre la décision de la Commune de Paris d’appliquer strictement le maximum des salaires).

Par ailleurs, au sein de la Convention nationale, les représentants en mission corrompus et prévaricateurs, rappelés à Paris par Robespierre pour exagération dans l’accomplissement de leurs fonctions – ainsi Lebon à Arras qui voulut faire arrêter la sœur de Robespierre – intriguaient en secret à la mise en accusation de l’Incorruptible. Fouché prit la tête des opérations en concertation avec Tallien et Bourdon de l’Oise qui se savaient menacés eux aussi. À son retour des armées, après Fleurus, Saint-Just tenta de rétablir une apparence d’unité au sein du Comité de salut public ; avec Barère de Vieuzac, qui feignit de se rallier à ce projet, ils organisent avec leurs collègues une réconciliation de façade qui ne dura qu’un ou deux jours (4 et 5 thermidor). Sans méfiance Saint-Just se chargea de rédiger un rapport manifestant l’unité retrouvée du gouvernement, et la création d’une seconde commission populaire (sur les quatre prévues à l’origine) fut décidée.

En fait les événements du 9 thermidor étaient programmés depuis un moment. tout était désormais question d’opportunité. Robespierre continuaient. Ne croyant pas à la sincérité de ses adversaires, l’Incorruptible décida d’en appeler à la Convention par un de ses plus beaux discours le 8 thermidor. Bien qu’applaudi dans un premier temps, il ne convainquit pas ceux qui étaient décidés à l’abattre. Car il demandait la punition des « traîtres » (dans les différentes interventions, qu’il s’agisse de Robespierre ou de Couthon, ils sont au moins cinq ou six parmi lesquels Fouché, Tallien, Bourdon, Legendre et probablement Barras), le renouvellement des bureaux du Comité de sûreté générale, l’épuration de ce Comité lui-même, subordonné au Comité de salut public, l’épuration du Comité de salut public lui-même, l’établissement d’une réelle « unité du gouvernement sous l’autorité suprême de la Convention nationale, qui est le centre et le juge », et la fin des factions au sein de la Convention. Le soir, Robespierre relit son discours aux Jacobins, où il fut vivement applaudi, tandis que Collot d’Herbois et Billaud-Varenne étaient conspués ; le peintre David promit alors à son ami de boire la ciguë avec lui.

De retour dans les locaux du Comité de salut public, Jean-Marie Collot d’Herbois et Billaud-Varenne aperçurent Saint-Just, qui était occupé à rédiger le rapport sur les évènements au sein du gouvernement révolutionnaire, dont il avait été chargé, suite aux réunions des 4 et 5 thermidor. Convaincus qu’il rédigeait leur acte d’accusation, ils se jetèrent sur lui en l’insultant et en l’accusant de préparer leur décret d’accusation. Choqué, Saint-Just quitta la salle ; on ne le reverra plus que le lendemain, à la Convention où, contrairement à ses promesses, il commença à lire son discours sans en avoir fait une lecture préalable à ses collègues du comité. Devant ce qu’ils prennent à tort pour l’attaque décisive des « robespierristes », les membres du Comité de salut public se joignirent alors au complot, qui s’était tramé avec l’appui des anciens représentants en mission rappelés et qui redoutent d’avoir à rendre des comptes, (Tallien, Legendre, Fouché, Rovere, Guffroy, etc.). Il savait avoir l’appui des députés du Marais à qui on avait promis la fin de la Terreur. Le 9 thermidor, cette coalition hétéroclite obtint la chute de Robespierre, puis son exécution sans procès, après l’insurrection de la Commune .

Thermidoriens contre anciens terroristes

Après quelques semaines, cette coalition qui avait réalisé le coup de force du 9 thermidor se défit d’elle même. Elle éclata entre d’une part, les Thermidoriens, réunis autour de Tallien, Lecointre de Versailles ou encore Merlin de Thionville, etc., et les « Montagnards de l’an III », partisans d’une poursuite de la Terreur, rassemblés autour de Barère, de Billaud-Varenne et de Collot d’Herbois, les anciens terroristes comme on les appelait déjà. À l’hiver 1794, les militants des sections populaires et les Babouvistes abandonnèrent leur dénonciation de la Terreur et des Jacobins et s’unissent aux Crêtois. Dès l’été 1794, cependant, la réaction thermidorienne commence : c’est le fut le temps des comptes que les sections de Paris furent les premières à réclamer. Les Thermidoriens mettent fin à la terreur économique et réintègrent les anciens députés girondins. Les sociétés jacobines sont dissoutes. Ils gardent cependant quelques éléments de la Terreur judiciaire, comme les lois contre les prêtres réfractaires et les émigrés. Jean-Baptiste Carrier est guillotiné en novembre 1794, les membres du Tribunal révolutionnaire de Paris en mai 1795, Joseph Lebon en octobre 1795. De nombreux Jacobins sont emprisonnés et plusieurs fonctionnaires accusés de « robespierrisme » révoqués. Parmi les personnes concernées, on peut citer Louis David, Jean Antoine Rossignol ou Napoléon Bonaparte (qui est d’ailleurs vite libéré). Par divers artifices, les grands artisans de la terreur, et à leur tête Bertrand Barère de Vieuzac, bien que dénoncés et décrétés d’arrestation puis mis en accusation, échappent à la guillotine. Collot et Billaud-Varenne sont néanmoins déportés, l’un mourra en Guyane, l’autre deviendra négrier. D’autres terroristes, comme le riche Vadier et ses collègues du sanguinaire Comité de sûreté générale, ou encore Joseph Fouché l’auteur avec Collot d’Herbois des terrifiantes mitraillades de Lyon parviennent à se faufiler entre les mailles du filet.

La loi du 10 juin 1794, 22 prairial An II, (extraits) :

« Article 4 : Le tribunal révolutionnaire est institué pour punir les ennemis du peuple.
Article 5 : Les ennemis du peuple sont ceux qui cherchent à anéantir la liberté publique. […]
Article 6 : Sont réputés ennemis du peuple, ceux qui auront provoqué le rétablissement de la royauté, ou cherché à avilir ou à dissoudre la Convention nationale et le gouvernement révolutionnaire et républicain. […] Ceux qui auront cherché à empêcher les approvisionnements de Paris, ou à causer la disette dans la République. […]
Article 7 : La peine portée contre tous les délits, dont la connaissance appartient au gouvernement révolutionnaire, est la mort. […] L’accusé sera interrogé à l’audience et en public : la formalité de l’interrogatoire secret qui précède est supprimée comme superflue […] S’il existe des preuves […], il ne sera point entendu de témoins. […] »

Bilan de la Terreur

Mesures économiques

L’objectif principal fut, pour éviter les insurrections populaires, d’assurer le ravitaillement des armées et de Paris contre les provocations des Exagérés de la Commune. Pendant le printemps et l’été 1793, la situation est dramatique : la valeur des assignats s’est fortement dépréciée et la pénurie menace la population. Les pillages se multiplient et les sans-culottes réclament des mesures énergiques. Pour faire face, la Convention décide de limiter certains prix dès le 4 mai 1793. En juillet, les municipalités peuvent utiliser la peine de mort contre les accapareurs (Loi sur l’accaparement). À partir du mois d’août, il est interdit d’envoyer des capitaux à l’étranger. Les sociétés par action, la Bourse et la caisse d’escompte sont fermées. Le 29 septembre 1793 est passée la loi du maximum général, (extraits) :

« Les objets que la Convention nationale a jugés de première nécessité et dont elle a cru devoir fixer le maximum sont : le pain, la viande, le vin, les grains, les farines, les légumes, les fruits, le beurre, le vinaigre, le cidre, l’eau-de-vie, le charbon, l’huile, le savon, le sel, les viandes et poissons, le miel, le sucre, le papier, le chanvre, les laines, les cuirs, le fer et l’acier, le cuivre, les draps, la toiles et toutes les étoffes, les soieries exceptées. Le maximum du prix des denrées et des marchandises sera le prix que chacune d’elles avait en 1790. »

Le maximum général encourage le marché noir et met en difficulté les industries du textile.

  • Taxation du prix des grains.
  • Emprunts forcés sur les riches, confiscation des terres des « ennemis du peuple » et des suspects (décret du 26 février 1794), perquisitions chez les banquiers.
  • Réquisitions encadrées par une Armée révolutionnaire et les gardes nationaux, ce qui se révèle efficace au moins jusqu’au début de 1794.
  • Émission d’assignats, emprunts extérieurs
  • La « Terreur financière » est engagée pour éviter l’hyperinflation, dès le 2 juin 1793.
  • Dirigisme économique.

Mesures sociales Décret d’abolition de l’esclavage du 29 août 1793

  • novembre 1793 décret sur le tutoiement obligatoire
  • La Convention diminue le délai nécessaire entre le divorce et le remariage par le vote du décret du 8 nivôse an II (28 décembre 1793).
  • Loi du partage du 5 juin 1793 sur les successions
  • Décret du 10 juin 1793 sur le partage des communaux, guère appliqué dans les faits, du fait de blocages locaux
  • Abrogation, à la demande de la Commune de Paris, le 23 juin 1793, de la loi martiale votée par l’Assemblée constituante en octobre 1789, pour réprimer les émeutes frumentaires
  • Les indigents sont recensés, suite aux décrets de ventôse, et reçoivent des indemnités prélevées sur les biens confisqués. Le soin des pauvres à domicile est organisé.
  • Projet de Code civil, jamais abouti

Mesures religieuses et culturelles

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Cathédrale de Clermont-Ferrand : « Le peuple français reconnait l’Être Suprême » (marquage à la peinture mis au jour lors d’une restauration).

  • Suppression de toutes les congrégations le 18 août 1792.
  • Suppression des universités le 15 septembre 1793.
  • suppression des académies le décembre 1793.
  • Création d’un Calendrier républicain.
  • Création d’un calendrier de fêtes républicaines, dont la fête de la Raison et la fête de l’Être suprême, fixé par décret du 18 floréal an II (7 mai 1794).
  • Une vague de déchristianisation se développe dans la capitale sous la direction de la Commune, et dans plusieurs départements de province, où elle est encouragée par des représentants en mission comme Fouché. 3 000 communes changent de nom : par exemple, Versailles devient Berceau-de-la-Liberté. Dans la Nièvre, les cloches des églises sont fondues et des mascarades anticléricales sont organisées : on force les curés à parader sur un âne. Fouché fait donner une fête civique dans la cathédrale de Nevers. Mais en novembre 1793, Robespierre prononce un discours aux Jacobins dans lequel il condamne l’athéisme. En 1794, alors qu’il contrôle toutes les institutions républicaines, l’Incorruptible impose le culte de l’Être suprême et proclame l’immortalité de l’âme.
  • l’archevêque de Paris, Mgr Gobel, et de nombreux prêtres démissionnent, de nombreuses églises sont désaffectées ou transformées en temples de la raison.
  • Confusion entre prêtres réfractaires et prêtres constitutionnels, qui semblent tous suspects.
  • Censure des théâtres parisiens : le Comité de Salut Public propose que soient jouées « des pièces au patriotisme reconnu ».
  • Culte de la Raison demandé par Robespierre. Fête de l’Etre suprême (juin 1794).

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Calendrier républicain de 1794, dessin de Louis-Philibert Debucourt.

Dans la nouvelle organisation administrative (découpage en départements), les représentants en mission sillonnent la France pour appliquer les consignes de la Révolution.

Les mesures de déchristianisation commencent à se faire sentir, comme le culte de la Raison, à partir de 1792-1793. Les agendas étaient le principal canal d’information des campagnes, faiblement alphabétisées. Il fallait donc supprimer le calendrier grégorien, et le remplacer par un nouveau calendrier.

Des mesures de rétorsion sont prises vis-à-vis des prêtres réfractaires.

  • Bilan de la déchristianisation : 20 000 prêtres ont abandonné leurs ministères et 5 000 se sont mariés.

Administration

Les prisons se multiplient à travers la France. Voir la Liste des prisons de Paris lors de la Révolution.

La déchristianisation

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Pierre-Antoine Demachy, Fête de l’Être suprême au Champ de Mars (20 prairial an II – 8 juin 1794), 1794, Musée Carnavalet, Paris

La déchristianisation, déjà entamée avec le culte de la Raison, s’intensifie.

Dans le rapport du 18 floréal, Robespierre présente, au nom du comité de salut public un calendrier de fêtes républicaines devant remplacer les fêtes catholiques, à travers lequel sont affirmées les valeurs républicaines et respecté le sentiment religieux de la majorité des Français de l’époque. La Convention affirme la croyance du peuple français en l’immortalité de l’âme et en l’Être suprême. La première fête de l’Être suprême, le 20 prairial an II (8 juin 1794), est orchestrée par le peintre David.

Les révolutionnaires attaquent les symboles de la monarchie absolue : la nécropole royale de Saint-Denis est livrée au pillage et plusieurs tombes royales sont dévastées. La Sainte Ampoule, utilisée pour le sacre royal, est détruite. De nombreuses églises subissent des mutilations ou des destructions.

Le culte catholique est interdit. Les églises parisiennes sont fermées le 23 novembre 1793, pour ne rouvrir que le 31 mai 1795. Elles sont transformées en temples de la Raison, ou bien en entrepôts. Le Concordat de 1802 entérine le retour au libre accès au culte.

Les agendas sont supprimés dans les campagnes, suite à l’instauration du calendrier républicain. Le calendrier grégorien n’est rétabli qu’en 1806.

Le bilan humain

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Guillotines de 1792 (à gauche) et de 1872 (à droite)

  • Les exécutions

Durant cette période, environ 16 000 à 17 000 personnes furent guillotinées, 25 000 furent victimes d’exécutions sommaires et environ 500 000 emprisonnées à un moment ou à un autre, depuis le début de 1793. Environ 2 500 personnes furent guillotinées rien qu’à Paris : 1 306 d’entre elles reposent dans la fosse commune du cimetière de Picpus. Le Tribunal révolutionnaire de Paris n’a prononcé que 16% des sentences de mort, malgré la loi du 16 avril qui ordonnait que tous les suspects soient désormais déférés devant lui. Géographiquement, c’est l’Ouest, à cause de la guerre de Vendée, et la Vallée du Rhône, en raison de l’activisme fédéraliste, qui ont été les plus touchés, ainsi que les provinces frontalières, où se déroulaient les opérations militaires. Près de quatre condamnations sur cinq ont été rendues pour cause de rébellion ou de trahison, contre seulement 1% pour des motifs économiques, accaparement ou faux assignats, et 9% pour délit d’opinion.

  • La guerre de Vendée : d’après les estimations de l’historien Jean-Clément Martin, en 1802, un manque de 200 000 personnes est détectable, par rapport à 1790, si l’accroissement démographique n’avait pas été ébranlé par la guerre, dans les quatre départements concernés. Ce manque est dû pour une part aux pertes directes et indirectes de la guerre civile (hausse de la mortalité), pour une autre au déficit des naissances (baisse de la natalité) et aux mouvements de population (solde migratoire négatif), exacerbés par les violences.
  • Les massacres en province
    • À Nantes : entre 1793 et 1794, Jean-Baptiste Carrier, représentant de la Convention en mission à Nantes, ordonne un grand nombre d’exécutions sommaires, certaines par noyade dans la Loire depuis des bateaux munis de trappes : les condamnés, attachés deux par deux (un homme, une femme), se noient mutuellement ; Jean-Baptiste Carrier avait baptisé ces exécutions la « déportation verticale », elles sont restées célèbres sous le nom de « mariages républicains ». Il est rappelé à Paris pour être jugé, suite au rapport de l’agent du Comité de salut public, Jullien de Paris, fils du député Jullien de la Drôme et proche de Robespierre.
    • À Lyon : pendant la Révolution française, Lyon prit en 1793 le parti des Girondins et se souleva contre la Convention. La ville subit un siège de plus de deux mois avant de se rendre le 9 octobre 1793. La répression de la Convention fut féroce. Environ 2 000 Lyonnais furent fusillés ou guillotinés, et plusieurs riches hôtels particuliers autour de la place Bellecour détruits. Joseph Fouché, l’un des représentants en mission en charge de la répression, fut surnommé le « mitrailleur de Lyon ». Lyon fut renommée Ville-affranchie. Le 12 octobre 1793, parut un décret stipulant :

Lyon fit la guerre à la liberté, Lyon n’est plus.

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Marie-Antoinette devant la guillotine

  • Les emprisonnements : environ un demi-million de personnes ont été emprisonnées pendant la Terreur et 300 000 ont été assignées à résidence.
  • Les historiens ont tenté d’établir le profil social des victimes de la Terreur : les études font apparaître que 31 % des condamnés à mort sont des artisans ou des compagnons, 28 % sont des paysans. Au total, 80 % des victimes appartiennent au Tiers État. La répartition géographique des exécutions révèle qu’elles sont un instrument de répression dans un contexte de guerre civile : 52 % des condamnations ont été prononcées dans l’Ouest vendéen ou chouan.
  • Les victimes célèbres : Marie-Antoinette (16 octobre 1793), Antoine Barnave (28 novembre 1793), Danton (5 avril 1794), Camille Desmoulins (5 avril 1794), Fabre d’Églantine (5 avril 1794), Antoine Lavoisier (8 mai 1794), etc.

Jugements sur la Terreur

La Terreur a longtemps fait l’objet de débats entre les historiens. Elle constitue l’un des épisodes les plus controversés et passionnés de l’Histoire de France. Les discussions portent sur les causes, les responsabilités et le lien entre Terreur et Révolution.

Jugement des contemporains

La Terreur critiquée

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George Cruikshank. Caricature britannique, hostile à la Révolution française, 1819

À Marseille et dans quelques villes, des citoyens, notamment les lecteurs de l’ami du Peuple de Marat, inspirateur et auteur des massacres, et du Père Duchêne de Jacques-René Hébert, juge du peuple autoproclamé à la prison de la Force, se félicitent des meurtres pour des raisons qu’on a toujours pas fini d’élucider. Toutefois, plusieurs partisans de la Révolution, en France et en Europe, sont profondément choqués. En fait, ces massacres dans les prisons parisiennes, poursuivis en province les jours suivants, déclenchent une indignation généralisée et durable puisque le dossier des massacres de septembre a été rouvert par tous les gouvernements et tous les régimes jusqu’à la Restauration.

Les libéraux européens, qui avaient placé leurs espérances dans la France révolutionnaire, désapprouvent les méthodes violentes et arbitraires du Comité de salut public.

Le Saint-Siège condamna évidemment les égorgements de prêtres sans défense. Les catholiques assimilèrent les Vendéens et les prêtres réfractaires à des martyrs. Les monarques étrangers ainsi que les royalistes réprouvent l’exécution de Louis XVI et des nobles.

Dès la période révolutionnaire, la Révolution française et sa période terroriste, ont font l’objet de nombreux pamphlets et de nombreuses études, parmi les royalistes, qu’il s’agisse du roman l’Émigré (1797), où Gabriel Sénac de Meilhan développe une analyse intelligente et pondérée, de l’Essai sur les révolutions (1797) de Chateaubriand, qui est fasciné par la Révolution mais bouleversé par ses excès, des essais de Joseph de Maistre, qui voit dans la guerre civile qui ensanglante la France sous la Révolution une catastrophe d’ordre métaphysique, ou des Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme de l’original abbé Augustin Barruel, qui voit dans la Révolution un complot des francs-maçons, thèse contrebattue par le Constituant Mounier et d’autres après lui. De même, parmi les républicains libéraux, on assiste à une critique de l’égalitarisme de l’an II, avec une dénonciation de la loi agraire, qui aurait été prétendument défendue par les Jacobins.

Plusieurs philosophes ont réfléchi sur la portée et le « sens » à donner à l’épisode terroriste dès le XIXe siècle : Madame de Staël, Benjamin Constant. Louis-Gabriel de Bonald estime qu’elle est le prélude nécessaire d’une régénération. Sous la Restauration, on enseigne aux élèves que la Révolution française ne fut qu’une série de massacres et qu’une période d’anarchie généralisée. Les écrivains français Victor Hugo, Honoré de Balzac ou Alfred de Vigny « voient dans la violence révolutionnaire l’expression de la crise radicale des valeurs que la France a traversée … ». L’historien Hippolyte Taine est clairement hostile à la Terreur.

A la fin du XXe siècle, de nombreux historiens ont mis en avant des documents relativisant la « théorie des circonstances » défendue par l’école léniniste puis stalinienne pour justifier ses propres atrocités. C’est la thèse selon laquelle le terrorisme aurait constitué, pour le gouvernement révolutionnaire, un instrument destiné à sauver la République de l’invasion militaire et de la contre-révolution. François Furet a indiqué qu’une répression modérée aurait suffi et il a mis en lumière les « dérapages » nombreux qui, en effet, ont accompagné la Révolution. Olivier Blanc s’est interrogé sur les raisons de ces dérapages dont certains, selon lui, n’étaient pas fortuits mais provoqués par certains révolutionnaires dont principalement Barère de Vieuzac, qui, pour des raisons diverses, voulaient éviter des négociations de paix et faire reconnaître la République par les états qui y étaient disposés.

Plus récemment, Patrice Gueniffey a consacré un essai à la « politique de la Terreur ». La définissant comme une stratégie destinée à provoquer un « degré de peur jugé nécessaire à l’accomplissement d’objectifs politiques », se basant intentionnellement sur l’arbitraire afin d’obtenir la soumission de tous les citoyens, l’auteur soutient que la Terreur est devenue un moyen de gouvernement destiné à asseoir la légitimité du régime révolutionnaire. Il la considère comme une fatalité dans toute révolution « considérée comme modalité du changement ». L’auteur tente de démontrer que, dès 1789, est apparue au sein même de l’Assemblée constituante une « rhétorique implacable et meurtrière ». Peu à peu, la concurrence entre les révolutionnaires a entraîné une surenchère de la violence, dans un contexte de décomposition de l’État. La Révolution a fabriqué et multiplié ses propres adversaires, sous le prétexte de complots, afin de permettre au système terroriste de se perpétuer, indépendamment des circonstances politiques et militaires. La période de la Terreur présentée comme consubstantielle à la Révolution française a continué de servir de repoussoir pour tous les pouvoirs libéraux, mais conservateurs. Pour les tenants des thèses adverses, elle continue à justifier d’une part le rejet de l’héritage révolutionnaire par les catholiques et les royalistes, d’autre part, de toute idéologie révolutionnaire (qualifiée par certains philosophes d’« utopistes », depuis les années 1980) par les libéraux et la gauche modérée.

Par comparaison, la Terreur blanche désigne deux épisodes de l’histoire de France au cours desquels la répression est menée par les royalistes. Après la révolution russe d’octobre 1917, les communistes, autour de Lénine instaurent ce qu’ils appellent la dictature du prolétariat qui se réclame de l’héritage terroriste de l’an II, pour asseoir le régime soviétique, tandis que, dans les territoires contrôlées par les armées blanches, favorables au tsar, se développe une autre terreur blanche, contre les communistes

Sens et contenu du mot terreur révolutionnaire

La Terreur comme instrument de gouvernement a pu être considéré comme indispensable, avec des nuances, et dans des sens différents, parmi les mouvements démocratiques des XIXe et XXe siècles, selon qu’ils parlaient de « terrorisme d’état » ou de « répression motivée en temps de guerre ».

Certains rares auteurs acceptent le principe du terrorisme d’état : c’est par exemple le cas de l’écrivain et révolutionnaire allemand Georg Forster (1754-1794).

Après une lecture globalement hostile à la terreur révolutionnaire, dans les premières décennies du XIXe siècle, un mouvement s’est développe parmi les historiens français pour expliquer, justifier et atténuer la portée des crimes commis durant cette période. Ils ont cherché à voir la Terreur comme une réponse liée aux circonstances, avec des lectures extrêmement différentes selon ce qu’ils entendaient par « Terreur », opposant des historiens modérés comme Edgar Quinet à des historiens socialisants comme Louis Blanc.

Sous la IIIe République, l’opposition entre 1789 et 1793 qui prévalait jusque-là parmi les républicains modérés tend à s’estomper (selon le mot de Georges Clemenceau : « la Révolution est un bloc »).

Toutefois, un conflit opposa, sur ce point, Alphonse Aulard, l’un des principaux spécialistes de la Révolution à cette époque, défenseur de Danton, contre son ancien élève, Albert Mathiez, admirateur de Robespierre. Pour Mathiez, les sévérités préconisées par Robespierre étaient nécessaires, aussi défend-il le rôle du gouvernement révolutionnaire de l’an II et établit les sources du socialisme dans le discours robespierriste. Albert Mathiez, mort prématurément sans avoir eu le temps d’aborder la question de la responsabilité relative de Robespierre dans les dérapages de la terreur révolutionnaire, a eu une influence décisive sur plusieurs grands noms de l’histoire, qu’il s’agisse de Lucien Febvre, de Georges Lefebvre ou de Albert Soboul, (qui reprend la grille de lecture marxiste de l’histoire et offre un regard plus amène sur Hébert et sur les exagérés). Les écoles de la IIIe République justifient la Terreur et les manuels Lavisse qui approuvent la mort de Louis XVI, la présentent sans nuance comme une réponse appropriée au soulèvement vendéen et à la coalition. S’impose peu à peu dans l’opinion française que la Terreur n’a été qu’une réponse à la violence de la monarchie absolue et aux agressions étrangères ; elle n’est exercée que par une minorité d’individus et ne doit pas faire oublier les sacrifices des autres Français.

La recherche historique de l’après Seconde Guerre mondiale tente d’analyser le mouvement révolutionnaire et la répression qu’il préconise dans ses structures politiques et socio-économiques, avec l’étude des mercuriales, de l’organisation du foncier, des pratiques agricoles, des structures proto-industrielles, etc. Le courant de la Nouvelle histoire se lance dans de grandes études sérielles, privilégiant les périodes longues. À partir de l’entre-deux-guerres, le courant de l’École des Annales, initié par Marc Bloch et Lucien Febvre, puis Fernand Braudel, dénonce le primat de l’histoire politique événementielle et la méthode positiviste de Langlois et Charles Seignobos, et base ses travaux sur des interrogations d’ordre économique, social ou culturel en multipliant les types de sources correspondant.

Dans la même orientation, les Annales historiques de la Révolution française, revue de la Société des études robespierristes (fondée en 1907, et dont le premier président fut Albert Mathiez) sous la direction de Georges Lefebvre et d’Albert Soboul, se désintéresse des épisodes sanglants de cette période, ne remet pas en cause « l’utilité » de la Terreur, s’attachant plutôt à l’analyse du rôle des classes sociales. Titulaire de l’histoire de la Révolution française à la chaire de la Sorbonne, Soboul étudie le mouvement sans-culotte, le mouvement jacobin, etc. Dans les années 1990, Michel Vovelle, membre de la société des études robespierristes, ne remet pas en cause les thèses de ses prédécesseurs. Il cherché néanmoins à renouveler les grandes études sociales et économiques, avec une approche plus directe de l’individu, liée à la micro-histoire et à l’histoire culturelle.

En rupture profonde avec les thèses communisantes sur les « circonstances », François Furet et Denis Richet ont relancé en 1989 le débat historiographique, intégrant les nouvelles problématiques et en plaçant la Révolution dans la longue histoire. Ils se placent depuis les années 1980 dans une perspective critique par rapport aux enseignements du régime soviétique et d’idéologie communiste.

Fondements idéologiques

Pour les Révolutionnaires, la terreur va de pair avec la vertu rousseauiste. Saint-Just oppose, dans un discours à la Convention du 23 Pluviôse an II, la terreur à la vertu et la terreur aux aristocrates cachés sous le masque du patriotisme, désignant par là certains membres de la Commune et des clubs : « Il est temps que tout le monde retourne à la morale, et l’aristocratie à la terreur ; il est temps de faire un devoir de toutes les vertus, de faire la guerre à toute espèce de perversité, de mettre la révolution dans l’état civil, d’immoler sans pitié sur la tombe du tyran tout ce qui regrette la tyrannie, tout ce qui est intéressé à la venger, tout ce qui peut la faire revivre parmi nous… Il y a dans la république une conjuration ourdie par l’étranger pour empêcher par la corruption que la liberté ne s’établisse ; c’est la ligue de tous les vices armés contre la vertu. Que la justice et la probité soient mises à l’ordre du jour ! »

Dans son Rapport sur les principes de morale politique qui doivent guider la Convention nationale dans l’administration de la République du 18 pluviôse, Robespierre fait allusion aux « affaires », entre autres celle de la liquidation de la Compagnie des Indes, à quoi il oppose la vertu. Il écrit que : « la première maxime de notre politique doit être que l’on conduit le peuple par la raison, et les ennemis du peuple par la terreur. Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement populaire, en révolution est à la fois la vertu et la terreur. La vertu, sans laquelle la terreur est funeste; la terreur, sans laquelle la vertu est impuissante. La terreur n’est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible : elle est donc une émanation de la vertu ; elle est moins un principe particulier qu’une conséquence du principe général de la démocratie appliqué aux plus pressants besoins de la patrie. »

Robespierre s’inscrit en faux contre Montesquieu qui avait théorisé que les formes de gouvernement républicain et despotique ont en commun, pour principe, la vertu et la crainte, en ajoutant : « On a dit que la terreur était le ressort du gouvernement despotique. Le vôtre ressemble-t-il au despotisme ? Oui, comme le glaive qui brille dans les mains des héros de la liberté ressemble à celui dont les satellites de la tyrannie sont armés. »

Que le despote gouverne par la terreur ses sujets abrutis, il a raison comme despote. Domptez par la terreur les ennemis de la liberté, et vous aurez raison comme fondateurs de la république. Le gouvernement de la révolution est le despotisme de la liberté contre la tyrannie. Cette vertu devient donc, comme celle du Prince de Machiavel, une vertu, moins morale que politique, dont l’ultime dessein est de conserver le pouvoir.