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Alain Juppé, échec et mat (fin de partie)


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Alain Juppé, une carrière politique parsemée d’échecs

En quarante ans de carrière dans l’arène politique, Alain Juppé a très souvent trébuché.

Cette fois pourtant, la chute a des allures de fin de partie. Très sèchement battu par François Fillon au second tour de la primaire de la droite, dimanche 27 novembre, le maire de Bordeaux a définitivement dit adieu à son objectif «  l’Elysée ».

Les cinq échecs les plus cuisants de celui que Jacques Chirac surnommait – peut-être à tort ? – « le meilleur d’entre nous ».

Automne 1995. Premier ministre depuis le retour de la droite au pouvoir quelques mois plus tôt, Alain Juppé fait face à des grèves d’ampleur dans la fonction publique et le secteur privé. Les gens descendent par centaines de milliers dans la rue pour dire non à ce qu’on appelle « le plan Juppé ». Du jamais-vu depuis Mai-68. La paralysie du pays va durer trois semaines, jusqu’au 15 décembre. Ce jour-là, le gouvernement finit par reculer, et Alain Juppé renonce en partie à son projet, notamment sur la question centrale des retraites.

1997 : face à l’épreuve de la dissolution, et la chute vertigineuse de popularité

Alain Juppé cristallise le mécontentement de tout le pays. Jacques Chirac, alors président de la République, a bien conscience que sa majorité ne tient plus qu’à un fil. Le voilà qui décide de dissoudre l’Assemblée nationale. Lors des élections législatives organisées dans la foulée, la droite est battue. Alain Juppé quitte Matignon. « Je souhaite bonne chance à la France », lâche-t-il, conscient que son camp va pendant longtemps le tenir responsable de ce tsunami politique.

Face à l’épreuve de la justice en 2004

L’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. Alain Juppé est condamné en première instance à une peine de dix ans d’inéligibilité. Ses avocats évoquent « une peine de mort politique ». Le Figaro n’hésite pas à comparer la décision des magistrats à « l’explosion d’une bombe thermonucléaire ».

Même si la peine est réduite à un an d’inéligibilité en appel, l’élu girondin fait un choix radical : se retirer totalement de la vie publique. Alain Juppé quitte la mairie de Bordeaux, cède son siège de député, et décide de partir pour le Canada, où il va donner des cours à l’université de Montréal. Son exil outre-Atlantique va durer un an.

Dès son retour, il émet le vœu de ne plus briguer de mandats nationaux et de se consacrer à la Ville de Bordeaux (non tenu !!!)

2007 : face à l’épreuve des urnes, il est battu pour les législatives.

En mai 2007, Nicolas Sarkozy, tout juste élu président, nomme Alain Juppé numéro deux du gouvernement, en lui accordant le titre de ministre d’Etat, en charge de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables. L’ancien Premier ministre aura la lourde tâche de mener à bien l’ambitieux « Grenelle de l’Environnement ». Mais au mois de juin, Alain Juppé, à la surprise générale, est battu aux élections législatives dans la deuxième circonscription de la Gironde, par la socialiste Michèle Delaunay. Le maire de Bordeaux est le seul des onze ministres-candidats à subir une défaite. « Juppé, décidément inéligible », ironise. Il n’a toujours pas retrouvé son mandat de député

L’ultime épreuve de la primaire (2016)

Eté 2014. Quelques semaines après avoir été réélu maire de Bordeaux, et sans tenir au courant ses fidèles, Alain Juppé prend sa plume et se déclare candidat à la primaire de la droite et du centre. Pendant deux ans, il est le grand favori des enquêtes d’opinion. Les instituts de sondage sont unanimes : largement en tête au premier tour, Alain Juppé est censé battre à plate couture Nicolas Sarkozy au second. Le 3 novembre, à moins de trois semaines du scrutin, l’institut Opinionway attribue encore à Alain Juppé 40% des intentions de vote, loin devant Nicolas Sarkozy (26%) et François Fillon (15%). L’Elysée semble enfin à sa portée.

Mais voilà, dans les tous derniers jours, François Fillon enregistre une remontée spectaculaire, et remporte haut la main le premier tour de la primaire. L’écart est tel que dans l’entourage d’Alain Juppé, certains se demandent si le second tour vaut le coup d’être disputé. D’autant qu’à l’exception de Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-François Copé et Valérie Pécresse, la plupart des ténors de la droite décident de rallier François Fillon.

Une semaine plus tard, le résultat est sans appel. Alain Juppé ne recueille qu’à peine plus de 30% des voix, et François Fillon devient le candidat de son camp pour l’élection présidentielle de 2017. Une défaite cinglante qui signe sans doute la fin de la carrière politique nationale d’Alain Juppé et un coup d’arrêt de la Chiraquie qu’il incarnait.

CBV

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