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Retour sur le passé calamiteux de Juppé et Chirac et la dissolution de l’A-N.


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L’histoire (secrète) de la dissolution de l’Assemblée Nationale en 1997, suite à la gestion calamiteuse des affaires de l’Etat par le premier ministre de l’époque, Alain Juppé et son gouvernement.

Comme disait De Gaulle, les Français sont des veaux (ils sont très influençables par la propagande médiatique en ne voyant pas le piège qui est tendu, et ils perdent très facilement la mémoire)

Plutôt que de changer de premier ministre et de gouvernement … Deux années après son accession à l’Elysée, sur les conseils de Dominique De Villepin, Jacques Chirac a dissous l’Assemblée Nationale le 21 avril 1997 malgré une très large majorité au parlement (484 députés sur un total de 577)… Dans la journée du 21 avril le Président Chirac avait consulté le premier ministre, Alain Juppé, et les présidents du Sénat et de l’Assemblée Nationale, René Monory et Philippe Séguin, conformément à la Constitution

Les conséquences de la dissolution de l’assemblée Nationale suite à la gestion calamiteuse des affaires par Alain Juppé et son gouvernement, (La défaite et la cohabitation avec la gauche Française et Jospin)

CBV

Source Libération :

Retranché à l’Elysée, Chirac, assommé par l’ampleur du désaveu, n’a qu’une obsession: empêcher Séguin et Sarkozy de s’allier pour prendre le RPR. Juppé, qui a compris qu’il devait s’en aller, refuse de s’entêter avec le Président dans ce combat perdu.

La défaite avait beau être annoncée depuis le premier tour, le choc du second n’en est pas moins rude. Sitôt connues les premières estimations, l’Elysée disjoncte. Assommé, le chef de l’Etat n’a qu’un commentaire: «Puisque c’est ça que les Français veulent »» Puis il se mure dans le silence et les lambris de son bureau. Son entourage n’est guère plus prolixe. Le sénateur Maurice Ulrich, l’un de ses plus anciens conseillers, tente d’oublier ses certitudes de victoire des semaines passées. Pantalon marron et pull de laine sans manches, Jacques Pilhan, chargé de la communication avec Claude Chirac, s’enfonce dans une encoignure. Flamboyant la veille, Dominique de Villepin, le secrétaire général, perd de sa superbe. C’est le pestiféré, «Néron», comme le surnomme désormais Bernadette Chirac qui l’accuse d’être le principal artisan de la dissolution. A fuir, donc. Son buffet est déserté. Celui de Bertrand Landrieu, le directeur de cabinet, qui a centralisé toute la soirée les résultats, fait, en revanche, le plein des conseillers du palais et l’emporte, haut la main, dans ce «référendum alimentaire» que ne boude pas l’épouse du président. D’une main glaciale, elle salue Villepin qui finit par s’y rendre. Courte apparition du chef de l’Etat. Et «coucouche panier». Hôtel de Lassay. Philippe Séguin, lui, rumine. D’Epinal, il se dit «déterminé, définitivement déterminé à créer les conditions politiques [pour] refonder» le mouvement gaulliste. Rentré tard à Paris, il s’interroge avec ses proches sur la stratégie à suivre. Eric Raoult, ex-ministre de la Ville, ou le financier Marc Ladreit de Lacharrière lui conseillent de briguer la présidence du groupe RPR à l’Assemblée et non celle du mouvement, verrouillée par Alain Juppé. «Te trompe pas de combat. Le groupe, c’était celui de 1988. Maintenant, il faut attaquer le parti», plaident, en revanche, Roger Karoutchi, son chef de cabinet, et François Fillon, ex-ministre des P et T et nouveau député de la Sarthe. Séguin écoute. Le lendemain, l’hôtel de Lassay a tout d’une ruche. Dans le bureau de Karoutchi, François Fillon, épaulé par les députés René André (Manche) et Michel Bouvard (Savoie), Elisabeth Hubert, ancienne «juppette» chargée de mission à l’Elysée, et Jean de Boishue, maire de Brétigny-sur-Orge (Essonne). Tous préparent et faxent aux élus et responsables du RPR des communiqués de soutien à Séguin. Les ralliements commencent à fleurir: deux proches de Chirac, François Baroin, conseiller à l’Elysée, et Hervé Gaymard, ex-secrétaire d’Etat à la Santé, ainsi que le balladurien Jacques Baumel viennent humer l’air. De temps en temps, Séguin sort la tête, grogne, puis s’enferme à nouveau. Alain Juppé sait que, pour se maintenir à la tête du RPR, il lui faut, comme lors de la tentative de putsch Séguin-Pasqua de 1990, passer alliance avec les balladuriens. A 16 heures, après avoir congédié Jean-François Mancel du secrétariat général, il reçoit à Matignon le député-maire de Neuilly, Nicolas Sarkozy, et lui propose d’être le numéro deux du RPR. Sarkozy, qui en rêve: «Et Séguin?» Juppé: «Il aura la présidence du groupe.» A 18 heures, c’est au tour de Séguin d’arriver rue de Varenne. Le député-maire d’Epinal écoute Juppé lui exposer son schéma. Il ne se prononce ni pour ni contre ce «Yalta à trois». Il attend de voir. A 20 heures, il a rendez-vous avec le chef de l’Etat. Et là, surprise. Chirac: «Philippe, j’ai pensé à toi pour le groupe et à Jean-Louis [Debré] pour le secrétariat général.» Séguin: «Ce n’est pas ce que propose Alain. Il faudrait que vous vous mettiez d’accord sur la même version.» De retour à l’hôtel de Lassay, ulcéré qu’on ait osé lui présenter ce «plat de lentilles», persuadé qu’il peut, enfin, enfoncer un coin entre un Juppé affaibli et un Chirac qu’il juge «très marqué, très déstabilisé», il lâche: «On fonce.» Roger Karoutchi est chargé d’organiser une réunion dans la proche banlieue parisienne, avec «des militants, des vrais, pas des employés municipaux». Conseiller général des Hauts-de-Seine, ce dernier s’adresse à Charles Pasqua. Le mardi 3 juin, Séguin franchit le Rubicon. Sans excuse, il annule son déjeuner avec le chef de l’Etat. Direction Suresnes. Là, l’ancien ministre de l’Intérieur a préparé une salle ad hoc. Devant une masse de drapeaux tricolores et un pupitre aux mêmes couleurs, le député-maire d’Epinal lance son appel: «Nous rénoverons notre mouvement. D’une façon ou d’une autre, nous saurons nous rassembler pour préparer d’autres lendemains. Il y en a assez d’un monde divisé entre ceux qui savent et qui décident et ceux qui doivent suivre. Nous reviendrons si nous savons nous rénover, nous rassembler. Merci de m’y aider moi-même.» C’est bref comme une déclaration de guerre.

«Sarkozy, jamais!» A Matignon, Juppé ne décolère pas. Chirac, au téléphone, s’entête sur Debré, bloque sur Sarkozy: «Sarkozy, jamais! Proposez-lui la présidence d’un comité de réflexion sur l’avenir de l’opposition.» A 11 heures, après avoir évacué, en dix minutes, la passation de pouvoir avec Lionel Jospin, le maire de Bordeaux va s’inscrire à l’Assemblée nationale et retrouve son bureau du quatrième étage de la rue de Lille. Jean-François Mancel et Patrick Stefanini, secrétaire général adjoint, sont du même avis que lui: «Debré est la plus mauvaise solution.» Mais que faire? A midi, dans le couloir, Nicolas Sarkozy attend d’être reçu. Il prévient: «Mon entretien avec Alain sera très bref. Je suis soit secrétaire général, soit président du groupe. Sinon, je pars et il y aura au moins quarante députés qui me suivront. Et on créera quelque chose avec Léotard.» Six minutes après, le député-maire de Neuilly claque la porte de Juppé qui, discipliné, lui a fait miroiter la présidence d’un comité de réflexion sur l’avenir de l’opposition: «Un mot de plus et ce sera irréversible »»

Le coup de sang du député-maire de Neuilly n’étonne pas Juppé. Sans alliance, plus de marge de manœuvre. La déprime le gagne en début d’après-midi. Il confie à son entourage: «Je ne peux pas négocier avec Séguin, il me ment tout le temps. Mon profond souhait, c’est de partir.» Laisser tout tomber? Sa décision est quasiment prise. L’offensive de Séguin et de Pasqua ne le surprend pas. En revanche, elle secoue le chef de l’Etat qui joint Juppé peu après 15 heures. Chirac: «C’est une « chicaya. Ce sont des putschistes, mais Séguin n’ira pas jusqu’au bout. Vous nommez absolument Debré secrétaire général et on fait élire Pons au groupe. C’est le seul qui puisse battre Séguin. Vous restez président, vous vous présentez aux assises du RPR sans le dire. Ne me refaites pas le coup du sacrifice du Premier ministre.» Juppé: «Je ne me lancerai pas dans cette bataille perdue d’avance. Je suis courageux, mais je sors de cette campagne en lambeaux. A force d’enlever des lambeaux de peau, on va arriver au squelette. Je sortirai en charpie d’éventuelles assises.» Chirac insiste. Juppé résiste, répète: «Vous êtes mal informé sur l’esprit du groupe » On vous informe mal.» Et prévient: «Si Séguin est président, vous serez coincé entre lui et Jospin et vous ne terminerez pas votre mandat.»

Rupture? La rupture est quasiment consommée. Juppé doute de Chirac. Ses proches, qui ont été quasiment tous battus dans leurs circonscriptions, sont partagés. Patrick Stefanini préconise la mise en place d’un comité de préparation des assises avec toutes les tendances. Jean-Jacques de Peretti, ex-ministre des DOM, pousse à fond pour une alliance avec les balladuriens: «Sinon, Sarkozy ira avec Séguin.» Jacques Toubon, ex-garde des Sceaux, qui pète la forme, défend les oukases du chef de l’Etat et emporte le morceau. Coup de fil de l’Elysée. C’est Maurice Ulrich. Il calme Juppé et annonce: «Je te faxe une proposition de déclaration.» Du Chirac pur jus. Juppé la lit. Et apporte une correction. Jean-Louis Debré se retrouve secrétaire général «par intérim». Le temps presse. A 19h27, alors que François Léotard vient de donner sa démission de la présidence du PR, proposée à Alain Madelin, Juppé annonce, «dans les meilleurs délais» mais après septembre, la tenue d’assises extraordinaires où il remettra son mandat en jeu. Nicolas Sarkozy a déjà quitté depuis belle lurette l’hôtel de Lassay où Philippe Séguin s’est entendu avec Edouard Balladur.

Pour juguler la conjuration, casser l’axe Séguin-Balladur, l’Elysée tente, le mercredi 4 juin, une dernière manœuvre. Faire miroiter la présidence du groupe parlementaire à Sarkozy et pousser en sous-main Bernard Pons. Patrick Stéfanienne est chargé de la commission. A l’heure du petit-déjeuner, il joint sur son portable le maire de Neuilly, qui est alors en train d’expliquer aux élus de sa tendance réunis dans un hôtel parisien l’accord passé la veille avec Séguin. Sèche réplique d’Edouard Balladur: «C’est un piège.» La manip n’est pas non plus du goût d’Alain Juppé. Il appelle Chirac, puis annonce à son staff: «Je ne m’occuperai pas de la présidence du groupe. Laissons jouer la démocratie interne. Je renonce à la présidence du RPR. Je convoque un conseil national pour le 11 juin où j’annoncerai mon retrait et la tenue des assises.» A Debré de jouer le petit télégraphiste en tenant secrète la démission du maire de Bordeaux, lors du «pot de l’amitié», prévu à midi, à la Maison de la chimie, pour les nouveaux députés RPR. Les séguinistes, qui craignent une entourloupe, veulent avancer la date du conseil national. Fillon menace: «Séguin n’attendra pas.» Mis au courant en milieu d’après-midi, Juppé explose rue de Lille: «Je ne peux pas discuter avec Séguin. Mon opinion est désormais faite sur ce type. C’est un porc, un gros porc. Il m’a menti. Il a menti à Chirac. Je ne céderai pas sur le conseil national. Je ne l’avancerai pas. Je reste dans mon bureau tant que je suis président du RPR. Tant qu’il n’est pas président, ce porc ne s’assiéra pas ici.» La colère retombée, il lâche: «Chirac m’a refusé la proposition Sarkozy au secrétariat général et Séguin au groupe. C’était pourtant la seule solution qui m’aurait permis de me battre et peut-être de gagner.» Les regrets n’étant plus de mise, il s’envole pour Bordeaux. Mais l’Elysée ne désarme pas. Des contacts sont pris dans les fédérations pour voir comment est perçue une candidature Hervé Gaymard, député de Savoie, au secrétariat général. Au canon. Philippe Séguin, aidé de ses nouveaux alliés balladuriens, mène au canon son offensive. Le 10 juin, il est élu «à titre provisoire» à la présidence du groupe RPR de l’Assemblée nationale et Nicolas Sarkozy au bureau. Le député-maire d’Epinal a annoncé qu’il délaissera ce poste qu’une fois plébiscité à la tête du mouvement gaulliste. Le même jour, dans la soirée, Juppé réunit une dernière fois sa garde rapprochée avant le conseil national du lendemain. Après un tour de table, il refuse de retarder la date des assises prévues pour le 6 juillet: «On n’en a pas les moyens. Si on les repousse à septembre, il y a aura des élections internes et des batailles terribles. Je ne suis pas d’accord pour qu’on présente un candidat contre Séguin. La ficelle serait trop grosse et il serait considéré comme mon faux nez. Il faut qu’on existe par nos propositions.» Pessimiste, il note: «Pris entre Jospin et Séguin, Chirac va être asphyxié personnellement et institutionnellement. Je ne sais pas si le RPR a encore un avenir. On a fait 15%, et il y a un risque de voir certains de nos militants aller chez Madelin qui a le mérite de la cohérence. Il y a aussi une profonde aspiration de notre électorat pour des alliances avec le FN. J’y suis violemment opposé. C’est un problème d’identité et de morale.» Le lendemain, il tire sa révérence devant le conseil national. «A Athènes comme à Venise, on exécutait les stratèges vaincus.»

Les deux stratèges de la dissolution sont tombés. L’un est en exil à Bordeaux, l’autre à l’Elysée. Alain Juppé n’est plus que député-maire, Jacques Chirac, lui, a gardé son titre: il est toujours président de la République. Mais si affaibli que son ambition n’est plus de diriger la France mais de redevenir le chef de l’opposition.

Archive et source : http://www.liberation.fr/france-archive/1997/07/28/l-histoire-secrete-de-la-dissolution-17-l-ultime-defaite-retranche-a-l-elysee-chirac-assomme-par-l-a_209941

Suivre les sondages en faveur de Juppé, c’est, ne pas voir le piège qui est tendu pour faire en sorte que la droite se divise et pour que le PS et le FN soient les seuls à en débattre au second tour de la présidentielle.

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