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Journaliste: une profession pour caqueteurs dans le poulailler ?


Journaliste: une profession pour caqueteurs dans le poulailler ?

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Naïf, en me rendant à la Conférence internationale sur la liberté de la presse fin mai à Jérusalem, je pensais assister à une conférence sur la liberté de la presse.

Il s’agissait en réalité d’un forum organisé par une confrérie inquiète qui a besoin de se rassurer, et confirmer les uns aux autres qu’elle appartient bien au camp du bien.

Deux jours à fréquenter des bavards, des poules caquetantes dans un grand poulailler m’a beaucoup appris sur le conscient et l’inconscient collectif d’une corporation qui est au politiquement correct et à la pensée unique ce qu’est le compteur au taxi : le moyen d’éviter tout débat avec le client baladé.

Dans Marianne d’avril 2001 (Le clan des clones) Jean-François Kahn expliquait déjà pourquoi « les journalistes sont, à une écrasante majorité, de gauche » :

« les journalistes, dans leur immense majorité [sont] issus du même milieu, formés à la même école, fréquentant les mêmes espaces, porteurs des mêmes valeurs, imprégnés du même discours, façonnés par la même idéologie, structurés par les mêmes références, ayant souvent connu la même évolution ou le même cursus, [et ils] finissent pas penser presque tous pareils ».

Ils pensent presque tous pareils ? Pourquoi donc ?

Tout commence à l’école de journalisme

Les professeurs de communication des écoles de journalisme présents m’ont surpris par leur conformisme.

Eduqueraient-ils les futurs journalistes avec « les mêmes valeurs, le même discours, la même idéologie, les mêmes références » ? Comment expliquer que sur les sujets de société, l’antiracisme, les inégalités, la discrimination, l’islamophobie, l’homophobie, les droits de l’homme, le progressisme, ils avaient le même point de vue ?

Lorsque je leur ai demandé s’il n’était pas navrant que la profession ne rapporte plus les faits mais déguise son opinion sous les apparences du témoignage, ils m’ont unanimement répondu qu’il « faudrait » revenir à une séparation entre le journalisme d’opinion et de reportage, mais ils n’ont affiché aucune gêne, exprimé aucun désir de changement : ils éprouvent un visible confort que la presse soit à gauche, et que les positions défendues soient les leurs. Parlez-moi d’un forum sur la liberté de la presse si elle n’est pas libre de ses pensées !

Pendant la pause, et parce que l’auteur de ces lignes ne peut s’empêcher de prendre la parole et de poser les questions qui dérangent, un professeur d’histoire médiévale, spécialiste du « millénialisme apocalyptique » et visiblement pas du tout de gauche, m’a approché, et m’a expliqué avoir il y a quelques années postulé pour un poste d’enseignant auprès d’une école de journalisme qui recrutait, et avoir vu sa candidature refusée « alors que peu de professeurs enseignent ma spécialité, mais parce que je suis de droite… » m’a-t-il expliqué avec un sourire amusé.

Le « recrutement » des professeurs de journalisme se fait-il entre gens qui partagent la même idéologie et les mêmes valeurs ? Veulent-ils, consciemment ou inconsciemment, éviter toute « déviation » idéologique ? Est-ce pour « formater » les esprits des futurs journalistes qu’ils évitent soigneusement d’embaucher des journalistes de droite ?

S’enorgueillir, s’auto flatter et s’auto conforter

J’ai ensuite perçu que les journalistes veulent donner – et se donner – le sentiment qu’ils appartiennent à une élite, qu’ils forment un bloc. Quel besoin ont-ils de s’auto-conforter d’appartenir au « camp du bien » ? Pourquoi cherchent-ils à se rassurer, en mentionnant qui un collègue journaliste au New York Times, qui un reporter d’un quotidien prestigieux, partageant les mêmes idéaux qu’eux ? Pourquoi ont-ils ce besoin de faire cautionner leur propre pensée par un illustre référent, un professeur prestigieux ?

N’est-ce pas paradoxal que l’élite, supposée produire des idées, craigne de formuler un point de vue original, et se rassure par la loi du nombre, avec la validation des autres élites ?

Quel degré de moutonnerie intellectuelle, de manque d’assurance en soi, révèle le fait de ne jamais se démarquer de la pensée unique ? Est-ce la crainte d’être rejeté du groupe ? La pensée unique n’est-elle pas un signe d’appartenance tribal comme dans les bandes ? D’où vient ce besoin que les collègues soient du même bord qu’eux, disent les mêmes choses, partagent les mêmes valeurs ?

« Ce que nous faisons est juste », n’est-ce pas contraire à l’idée même du journalisme, qui est supposé poser des questions, enquêter et découvrir la vérité ?

« Puisque nous disons tous la même chose, c’est que nous sommes dans le vrai » : leur communauté d’idée les rassure ?

Et si le besoin d’appartenance au groupe, de reconnaissance par le groupe à condition d’être d’accord, tous d’accord, sur ce qui est bien et ce qui ne l’est pas, trahissait une immense faiblesse de caractère sous un talent oratoire ?

Le 29 mai 2015, le Comité Orwell a opportunément été créé à l’initiative d’Alexandre Devecchio, avec pour présidente Natacha Polony, pour le retour du pluralisme dans les médias. Sauront-ils poser les bonnes questions ?

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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