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Crise du 6 février 1934


Crise du 6 février 1934

Une manifestation antigouvernementale organisée à Paris devant la Chambre des députés par des groupes de droite, des associations d’anciens combattants et des ligues d’extrême droite pour protester contre le limogeage du préfet de police Jean Chiappe suite à l’Affaire Stavisky.

La manifestation tourna à l’émeute sur la place de la Concorde, faisant 15 morts (dont 14 parmi les manifestants) et plus de 2 000 blessés. De nouvelles manifestations violentes — avec de nouvelles victimes du côté des manifestants — se produisirent les 7, 9 et 12 février.

La crise provoqua la chute du cabinet Daladier dès le 7 février et exerça une influence profonde et durable sur la vie politique française.

Affaire Stavisky :

Nouveau scandale, impliquant le Crédit municipal de Bayonne, éclate en décembre 1933. Apparaît alors le personnage d’Alexandre Stavisky, escroc lié à plusieurs parlementaires radicaux, dont un ministre du gouvernement Camille Chautemps. La presse révèle ensuite qu’Alexandre Stavisky a bénéficié de dix-neuf remises de son procès, alors que le Parquet est dirigé par le beau-frère de Camille Chautemps. Le 8 janvier 1934, Alexandre Stavisky est retrouvé mort. Selon la version policière, il se serait suicidé, ce qui suscite l’incrédulité. Pour la droite, il a été assassiné sur l’ordre de Chautemps, afin d’éviter des révélations. Quand, le 12 janvier, le député Jean Ybarnegaray demande devant la Chambre une commission d’enquête, le président du Conseil refuse : « Laissons la justice faire son travail. ». Chautemps commet là une erreur psychologique qui alimente la propagande de l’Action française.

Dès le soir du 9 janvier, l’Action française manifeste. Son numéro du 9 janvier proclame : « Aujourd’hui, jour de rentrée du Parlement, à l’heure de sortie de vos ateliers et de vos bureaux, nous vous engageons à venir en foule autour du Palais-Bourbon et aux cris de « À bas les voleurs ! À bas les assassins ! » exiger la justice et l’honneur. » 2 000 membres et sympathisants répondent à l’appel le premier soir. Le 11 janvier, l’arrestation de M. Aymard, rédacteur au journal Liberté, et de M. Dubarry, directeur de Volonté, jette 4 800 manifestants sur le pavé, où l’Action française est rejointe par les Jeunesses patriotes. La pluie rebute les protestataires le 12 janvier, mais les démonstrations reprennent, aussi nombreuses, les 19 et 20 janvier. Les étudiants de l’Action française et les Camelots du roi scandent : « À bas Chautemps ! À bas les voleurs ! Stavisky au Panthéon ! »  Un nouveau débat sur l’affaire Stavisky le 23 janvier aboutit à un vote de confiance de la Chambre, majoritairement à gauche, en faveur du Président du Conseil Camille Chautemps (367 voix contre 201). La Ligue des Contribuables descend à son tour dans la rue, mais à un autre point de rendez-vous que celui de l’Action française. Le 27 janvier, la manifestation se grossit de communistes, qui se réclament des soviets et chantent l’Internationale. Le garde des Sceaux, Eugène Raynaldy, étant mouillé à son tour, se retire et le président du Conseil jette l’éponge le 28 janvier. La démission du cabinet Chautemps apaise les revendications. En trois semaines, il y a eu près de 2 000 arrestations et plusieurs centaines d’agents de force de l’ordre ont été blessés. Maurice Pujo, de l’Action française, expliquera plus tard à la commission d’enquête : « On me dira qu’il est scandaleux d’arracher des bancs, de déraciner des arbres, de jeter sur la voie publique des grilles d’arbres. Il est certain que nous avons cherché le désordre dans la rue. Les manifestations n’ont pas d’autre but. » Tandis que la droite tente d’utiliser l’affaire Stavisky pour remplacer la majorité issue des élections de 1932, remportées par le Cartel des gauches, l’extrême-droite frappe plus fort : antisémitisme, xénophobie (Alexandre Stavisky est un Juif ukrainien naturalisé), hostilité à la franc-maçonnerie (dont Chautemps fait lui aussi partie), antiparlementarisme. Selon l’historien Serge Berstein, l’affaire Stavisky n’est exceptionnelle ni par sa gravité ni par les personnalités mises en cause, mais par la volonté de la droite de faire chuter un gouvernement de gauche sur ce thème, profitant du fait que les radicaux n’ont pas la majorité absolue à la Chambre des députés et forment donc des gouvernements fragiles. Du point de vue de la droite, ce énième scandale est la goutte d’eau qui fait déborder le vase des compromissions.

Mitterrand la France aux français
François Mitterrand en personne (à gauche) manifestant avec l’extrême droite de l’époque au cris de la France aux Français 

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